vendredi, 17/07/2026   
   Beyrouth 16:46

Aoun à Washington : La déchéance dans toute sa splendeur !

Par Ibrahim Al-Amine

C’est l’un de ces paradoxes qui ne reflètent rien d’autre que l’obstination du président de la République, Joseph Aoun, à poursuivre son projet de normalisation avec l’ennemi : dans sa gestion des négociations directes, il a décidé de monopoliser ce dossier. Pour ce faire, il s’appuie sur une couverture américano-saoudienne et sur l’article 52 de la Constitution, qui accorde au président de la République le droit de diriger les négociations en accord avec le chef du gouvernement, sans avoir besoin de s’en référer au Conseil des ministres — sauf en cas de conclusion d’un accord nécessitant une signature en raison de ses implications pratiques sur les ministères et les institutions de l’État.

Aoun, qui est parvenu à son poste sur la base d’un mandat américano-saoudien centré sur la mission essentielle pour laquelle il s’est porté volontaire en échange de son investiture à la présidence — à savoir l’éradication de la Résistance en s’appuyant sur les résultats de la guerre israélienne contre le Liban fin 2024 —, est allé encore plus loin. Tout en sachant que le Liban est dirigé par des tutelles extérieures, il a convenu avec les Américains et les Saoudiens d’une formule de gouvernance qui l’a conduit, d’abord, à un coup d’État complet contre l’accord de Taëf par la marginalisation du poste de Premier ministre. Il a ainsi profité de la faiblesse du chef du gouvernement, Nawaf Salam, dont il s’est avéré avec le temps qu’il s’était lui aussi engagé sur la même ligne : l’éradication de la Résistance.

Pourtant, Aoun, qui invoque la Constitution pour justifier sa gestion exclusive du dossier des négociations, aurait dû comprendre — ou son entourage aurait dû lui faire comprendre — que ce texte ne signifie pas que le président de la République est celui qui dessine la politique étrangère de l’État. La Constitution lui a accordé la prérogative de diriger les négociations, mais elle ne lui a pas conféré un pouvoir décisionnel qui porte atteinte à la souveraineté de l’État ou impose des modifications fondamentales aux lois. Lors de toutes les étapes précédentes de négociations avec Israël — que ce soit après les guerres de 1993 et 1996, lors de la démarcation en 2000, des négociations sur la résolution 1701 en 2006, puis de la délimitation des frontières maritimes en 2022, jusqu’à l’accord de cessation des hostilités en 2024 —, la présidence de la République était un partenaire clé dans la gestion des négociations, même sous l’ancienne tutelle syro-saoudienne.

Toutefois, le président de la République coopérait politiquement avec les forces actives du pays et se coordonnait avec les institutions constitutionnelles concernées, notamment la présidence du gouvernement et les ministères des Affaires étrangères et de la Défense, pour tout ce qui touchait aux aspects juridiques et exécutifs.

Cependant, le président, qui se comporte aujourd’hui comme le « leader sauveur » cherchant à restaurer les prérogatives du « président maronite » réduites après l’accord de Taëf, ne se soucie absolument pas du cadre constitutionnel et légal.

C’était déjà le cas lorsqu’il était à la tête de l’armée, ce qui s’était traduit par de mauvaises relations avec tous les ministres qui se sont succédé au portefeuille de la Défense durant sa présence à Yarzé. Il traitait le ministre comme un simple exécutant de second plan, dont la tâche se limitait à signer les dossiers administratifs et financiers de l’institution militaire, tandis que les contrats d’armement qu’il concluait restaient en dehors des canaux officiels, sans parler des fonds privés que le commandement de l’armée recevait de la part de parties et de pays arabes et étrangers.

Lors de son passage à la présidence de la République, cette approche n’a pas changé. La situation s’est aggravée avec la révélation de sa véritable position politique et de sa dérive confessionnelle, ce qui a fait perdre à son mandat, à une vitesse record, le soutien ou la sympathie d’une majorité sérieuse de Libanais.

Si les groupes politiques calculent les proportions selon les mécanismes constitutionnels, la réalité sur le terrain révèle clairement que l’homme, malgré tout le tapage médiatique qu’il entretient, ne bénéficie de la confiance que d’une infime minorité, soutenue par un groupe politico-médiatico-sécuritaire américain opérant depuis les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Liban.

Aoun ne semble pas disposé à changer de trajectoire. Il a même récemment accentué sa tutelle sur le pays, s’imaginant être le « père des Libanais », comme si personne ne le confrontait à la réalité de sa position, aux limites de son pouvoir et à la pauvreté de ses connaissances.

Si les conseillers, sous la plupart des mandats, relèvent de la catégorie des « flatteurs », l’équipe du président actuel témoigne d’une misère sans précédent dans le monde des conseillers. Une seule question suffit d’ailleurs à éclairer bien des zones d’ombre : d’où ces conseillers tirent-ils leurs salaires ?

Aoun, à qui l’on a fixé un rendez-vous à la Maison-Blanche pour rencontrer le « fou du monde » Donald Trump, subit aujourd’hui un entraînement intensif. Celui-ci porte sur la manière de s’adresser au président américain. Il apprend par cœur, en arpentant les bureaux ou avant de s’endormir, des formules calibrées pour flatter le narcissisme de Trump, agrémentées de tirades affirmant qu’il porte le cri d’un peuple qui veut la paix.

Pourtant, en réalité, il ne détient aucune carte susceptible de servir de monnaie d’échange avec le président américain. Même s’il réitère demain ses discours sur la souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire, s’il réclame un retrait israélien rapide et total de tout le Liban, et s’il affirme avec « fermeté » qu’il dirige un nouvel État capable d’imposer son autorité par la force sans chercher à complaire à quiconque, il sait pertinemment qu’il n’aurait jamais obtenu ce rendez-vous avec Trump s’il n’avait pas signé un document légitimant l’occupation israélienne, et couvrant par là même tous les crimes que l’ennemi continue de commettre dans les zones occupées et au-delà.

Naturellement, la visite d’Aoun sera accompagnée des habituelles séances de flatterie à la libanaise. La « spécialiste des relations publiques », indûment nommée ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Moawad, s’active déjà à promouvoir l’image de cet « invité exceptionnel », collaborant avec le lobby libano-sioniste dans la capitale américaine pour mobiliser le plus grand nombre de personnalités officielles, politiques, parlementaires et médiatiques.

Mais le plus important est qu’Aoun cherche, dès à présent, à capitaliser sur le moindre mot que Trump prononcera sur le Liban. Le véritable défi pour lui sera de savoir comment se comporter si Trump décide de faire entrer les journalistes lors de leur entretien. Serons-nous face à une scène similaire à celle du roi de Jordanie, du président ukrainien ou du Premier ministre irakien ?

Jeudi, le Parlement a adopté une nouvelle loi pour organiser les médias au Liban. La presse sera confrontée à de nouveaux défis qu’elle n’avait plus connus depuis l’époque des appareils sécuritaires d’avant l’accord de Taëf. Il ne serait pas surprenant qu’Aoun commence à appliquer cette « loi de répression » en réalisant le vœu le plus cher de ses conseillers : « fermer le journal Al-Akhbar » sous l’accusation d’« outrage à la pudeur publique ». Car dénoncer la collaboration avec les USA et ‘Israël’ est désormais classé dans la catégorie de l’« outrage à la pudeur publique », à une époque où ceux qui gouvernent n’ont plus la moindre notion de la pudeur !

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar