samedi, 18/07/2026   
   Beyrouth 19:26

Pression intense sur la côte sud… et tentative d’isoler Bandar Abbas : l’Iran se prépare à une éventuelle invasion terrestre

Le mémorandum d’entente d’Islamabad n’a duré qu’un mois avant de se déliter rapidement, sous l’effet des tentatives américaines de saper l’accord et d’imposer une nouvelle réalité par la force militaire, notamment dans le détroit d’Ormuz.

Fort de son expérience passée, et dès que l’Iran a perçu les tentatives américaines de neutraliser son principal moyen de dissuasion stratégique, en l’occurrence le détroit, en créant un corridor sud hors de son influence, il a considéré cela comme une attaque directe contre le fondement même des accords conclus. L’Iran a alors rapidement eu recours à la force militaire pour empêcher l’établissement d’une nouvelle réalité stratégique qui réduirait sa capacité à influencer l’équilibre militaire et sécuritaire dans la région.

Avec la reprise des échanges de tirs, les États-Unis ont concentré leurs opérations militaires sur l’affaiblissement des capacités militaires iraniennes déployées le long de la côte donnant sur le détroit d’Ormuz, en particulier dans les régions de Jask et de Sirik. Les milieux militaires américains considèrent ces zones comme le centre névralgique iranien pour perturber le corridor sud du détroit, situé à proximité des côtes omanaises.

L’Iran perçoit les frappes ciblant les réseaux ferroviaires et les ponts menant à Bandar Abbas comme une tentative d’isoler la ville, un nœud logistique et militaire vital.

Si Washington justifie ces opérations par la nécessité de perturber les lignes d’approvisionnement militaire, Téhéran les considère comme la première phase d’une stratégie plus vaste s’étendant de Bouchehr et Ahvaz à l’ouest jusqu’à Chabahar sur la mer d’Arabie, près de la frontière pakistanaise, et renforçant de fait la pression militaire sur toute la côte sud iranienne.

Selon l’analyse militaire iranienne, l’élargissement du champ des attaques constitue un bombardement préparatoire pouvant précéder des opérations terrestres, limitées ou de grande envergure, même si la probabilité de telles opérations demeure faible. Par conséquent, l’état-major iranien étudie différents scénarios, notamment la possibilité d’un débarquement amphibie sur certaines îles du détroit d’Ormuz, en particulier l’île d’Abou Moussa, ou une tentative de progression vers certaines zones côtières moins fortifiées d’Iran.

De plus, les évaluations iraniennes indiquent que le sud-est du pays, et notamment la province du Sistan-et-Baloutchistan, pourrait constituer une cible privilégiée pour toute opération terrestre, compte tenu de son terrain désertique et dégagé, contrairement aux régions montagneuses fortifiées ou côtières. Si une avancée vers la région de Jask était envisagée, ce scénario, selon le point de vue iranien, nécessiterait une approche simultanée des navires de guerre américains en mer d’Oman, ce qui pourrait mener à une confrontation navale directe et exposer dangereusement les navires de guerre américains aux tirs de la marine iranienne.

Si Téhéran reconnaît que tout débarquement amphibie d’envergure se heurterait à des défis logistiques complexes, les forces d’attaque devant rester sur le terrain pendant de longues périodes et donc vulnérables à des pertes continues, la présence d’environ 50 000 soldats américains engagés dans des opérations militaires dans la région contraint l’état-major iranien à prendre toutes les possibilités au sérieux. Néanmoins, ce dernier estime que les frappes actuelles ne constituent pas le bombardement préparatoire traditionnel qui précède les opérations terrestres de grande envergure. La doctrine militaire bien connue exige de mener des frappes plus intensives et plus étendues pour détruire la structure défensive et affaiblir la capacité de résistance, avant de déployer des forces terrestres.

Parallèlement, Téhéran envisage une autre possibilité tout aussi importante : le recours à des forces irrégulières ou à des groupes d’opposition armés, qui pourraient être infiltrés dans le pays par le sud-est, bénéficiant d’une couverture aérienne et d’un appui en matière de renseignement.

Selon ce scénario, les États-Unis pourraient atteindre leurs objectifs sur le terrain sans subir les pertes humaines et politiques qu’entraînerait un déploiement direct de leurs propres forces. Outre cette possibilité, l’hypothèse d’une mobilisation des groupes kurdes par les régions occidentales, du Kurdistan et d’Ilam jusqu’à Ahvaz, est également à l’étude. Cela ouvrirait simultanément plusieurs fronts intérieurs, confrontant les forces iraniennes à des défis simultanés destinés à disperser leurs capacités de défense.

Dans ce contexte, l’état-major iranien semble coordonner pleinement ses actions avec ses homologues politiques et l’équipe diplomatique. Les forces armées ont déclaré être prêtes à cesser les opérations militaires dès que les États-Unis respecteront les termes du mémorandum d’entente, notamment les dispositions relatives au détroit d’Ormuz et la levée du blocus naval. Cependant, ces déclarations ne traduisent pas une conviction, au sein de l’establishment militaire, quant à la possibilité d’un retour rapide à la table des négociations. Des doutes persistent quant aux intentions américaines, tandis que le facteur israélien, susceptible d’exploiter toute accalmie ou tout vide sur le terrain pour lancer des attaques surprises susceptibles d’amplifier le conflit, demeure une source d’inquiétude.

Ainsi, si Téhéran reste ouvert à des solutions politiques, il fonde simultanément ses plans militaires sur l’hypothèse d’une poursuite de l’escalade et sur l’éventualité que tous les scénarios, des frappes aériennes aux affrontements navals, voire à des débarquements amphibies ou à une guerre irrégulière, restent envisagés. Étant donné que les États-Unis, malgré leur supériorité militaire, n’ont pas la capacité de remporter une victoire militaire décisive, cela pourrait mener à une guerre d’usure prolongée, ce que l’Iran ne souhaite ni n’acceptera. Par conséquent, il intensifiera la situation dans d’autres directions, plus extrêmes, qui pourraient s’étendre au-delà du détroit d’Ormuz, vers le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Méditerranée.

Par Hassan Haidar

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar