mercredi, 22/07/2026   
   Beyrouth 23:50

Un projet énergétique de 30 milliards de dollars entre le Maroc et l’Allemagne bloqué par des différends administratifs

Le projet de 30 milliards de dollars visant à construire une liaison électrique sous-marine entre le Maroc et l’Allemagne se heurte à des obstacles liés à sa structure et aux garanties gouvernementales, en raison de désaccords sur la nature de l’accord politique, le sens du flux d’électricité et l’affectation des terrains aux installations d’énergies renouvelables.

Le projet CELA Atlantic ambitionne de transporter l’électricité produite à partir de l’énergie solaire et éolienne au Maroc vers l’Allemagne via deux câbles sous-marins à courant continu haute tension (CCHT), d’une longueur d’environ 4 800 kilomètres chacun. S’il était réalisé, il s’agirait de la plus longue liaison électrique sous-marine transcontinentale au monde.

Le promoteur affirme que le projet pourrait couvrir environ 5 % de la consommation annuelle d’électricité de l’Allemagne, grâce à des centrales solaires et éoliennes marocaines d’une capacité totale pouvant atteindre 15 gigawatts (GW), tandis que la capacité de la liaison proposée est d’environ 3,6 GW.

Le Maroc exige un accord intergouvernemental

L’un des principaux points de désaccord concerne la demande des autorités marocaines d’un accord formel entre les deux gouvernements, avec l’approbation explicite de Berlin, afin d’obtenir un soutien politique et des garanties à long terme pour un projet nécessitant des investissements massifs et une période de mise en œuvre et d’exploitation de plusieurs décennies.

Reuters a cité quatre sources marocaines et allemandes bien informées, selon lesquelles Rabat ne souhaite pas traiter le projet comme une simple initiative commerciale privée, mais recherche un cadre gouvernemental définissant les obligations des deux parties et offrant des garanties quant à sa continuité, son financement et sa réglementation.

Rabat exige également que l’interconnexion permette le transport d’électricité dans les deux sens, permettant ainsi à l’Allemagne d’importer de l’énergie renouvelable marocaine, tandis que le Maroc conserve la possibilité d’importer de l’électricité via l’interconnexion en cas de besoin.

La question de l’attribution des terrains reste en suspens

De son côté, CeLa Atlantic n’a pas fourni de détails concernant les désaccords en cours, mais a confirmé que le projet continue de progresser conformément à sa feuille de route technique, commerciale, réglementaire et financière. L’entreprise a déclaré qu’elle évaluait toujours les options techniques et réglementaires susceptibles de soutenir le développement à long terme du projet, reconnaissant ainsi l’existence de difficultés structurelles, mais précisant que le projet n’a pas été annulé ni abandonné.

Ce projet vise à exporter environ 26 térawattheures d’électricité par an vers l’Allemagne, en tirant parti des abondantes ressources solaires et éoliennes du Maroc. Ceci permettrait aux installations de production d’atteindre des taux de fonctionnement supérieurs à ceux de nombreux sites européens.

Le lancement de Sila Atlantic fait suite à l’échec du projet X-Links, qui ambitionnait de transporter de l’électricité renouvelable du Maroc vers le Royaume-Uni via un long câble sous-marin. Le Maroc exploite actuellement la seule interconnexion électrique opérationnelle entre l’Afrique et l’Europe, grâce à deux câbles le reliant à l’Espagne. Cette interconnexion a permis de soutenir le réseau espagnol lors de la crise énergétique de 2015 dans la péninsule Ibérique.

Le projet Sila Atlantic en est encore à ses débuts : aucune décision d’investissement définitive n’a été prise et les accords d’achat d’électricité, le financement du projet, l’attribution des terrains, ainsi que les autorisations réglementaires et environnementales restent à finaliser.

Source : Médias