Alors que l’autorité de transition syrienne intensifie ses démarches pour faire progresser le dossier de l’accord de sécurité avec ‘Israël’, ce dernier ne semble nullement pressé d’y aboutir.
L’Entité sioniste s’accroche toujours aux gains qu’elle a accumulés sur le terrain depuis la chute du régime précédent, tout en misant sur le rôle parrain des États-Unis dans tout accord avec Damas — un rôle qui semble être entré dans une nouvelle phase après la frappe contre l’aéroport d’Abou al-Duhour, dans la campagne d’Idleb, en août dernier.
Et si le ton de la diplomatie syrienne reste prisonnier des plafonds de l’accord de désengagement de 1974 — ce qui se traduit par son obstination à qualifier les agressions israéliennes de simples « violations » —, les réalités du terrain indiquent une transformation radicale du paysage.
En effet, la « zone tampon » réunit désormais tous les éléments d’une occupation militaire fondée sur le contrôle effectif — ce qui complique dès lors sa définition même réclamée par Israël —, tandis que les mesures de Tel-Aviv ont façonné, au fil des mois écoulés, une structure d’occupation intégrée articulée autour de trois axes principaux :
Premièrement : une infrastructure militaire permanente
‘Israël’ s’est employé à consolider une infrastructure militaire dans le Sud comprenant une dizaine de bases équipées de systèmes de surveillance, s’étendant du mont Hermon au bassin du Yarmouk, à la frontière avec la Jordanie.
À cela s’ajoute l’achèvement du tracé de la route militaire « Soufa 53 », entreprise depuis 2022, qui empiète sur une profondeur d’environ 2 kilomètres au-delà de la ligne de désengagement — offrant aux forces ennemies une plus grande flexibilité de mouvement —, parallèlement au développement du « mur de sécurité intelligent ».
L’ironie réside dans le fait que ce « gain » subsisterait même en cas de retrait futur d’Israël des nouvelles bases : l’ennemi pourrait alors prétexter que cette route constitue un couloir de passage pour ses troupes depuis le Golan occupé, et non pas nécessairement depuis les bases érigées après la chute du régime, sachant qu’elles s’inscrivent toutes dans un même ensemble géographique au service de la route « Soufa 53 ».
Selon des sources d’Al-Akhbar, ‘Israël’ a renforcé certaines de ses bases dans la campagne de Quneitra avec du matériel lourd, parallèlement à des activités de terrain suggérant l’intention de s’installer sur le long terme.
Deuxièmement : une administration sécuritaire directe
L’armée de l’ennemi mène de récurrentes opérations de perquisition et de fouille à l’intérieur du territoire méridional, lesquelles ont atteint leur paroxysme en août dernier.
Elle s’emploie également à « sécuriser » ses axes d’incursion, à transférer de force des citoyens syriens vers des prisons israéliennes et à régenter les déplacements de la population.
En pratique, les forces d’occupation semblent être celles qui dictent la marge de manœuvre des forces gouvernementales syriennes dans le Sud, en particulier dans les zones adjacentes aux bases militaires israéliennes.
Cela constitue en soi une violation flagrante de l’accord de désengagement, d’autant plus que certaines de ces bases ont été établies au cœur de la « zone tampon », censée être exempte de toute activité militaire des deux parties.
Troisièmement : la consécration politique et opérationnelle de l’occupation
Ce processus ne prend sa pleine mesure qu’à travers les déclarations des dirigeants de l’ennemi et leurs visites dans les zones occupées du Sud, dont la plus marquante a été celle du premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, le 9 septembre. Ces déplacements traduisent la volonté d’ancrer l’occupation et d’empêcher l’émergence de toute force militaire effective susceptible de représenter, un jour, une menace pour ‘Israël’.
Dans cette perspective, on observe entre début août et mi-septembre un virage notable dans la nature des agressions israéliennes : alors qu’elles demeuraient concentrées sur le Sud, elles se sont étendues à une zone géographique plus vaste, atteignant Beit Jann dans la campagne occidentale de Damas.
Du 18 août au 12 septembre, Beit Jann a subi à elle seule environ 11 agressions, dont la plus marquante a été l’incursion de 12 heures sur la colline de Bat al-Ward, suivie de campagnes de bombardements successives.
Les forces israéliennes ont ensuite franchi un palier supplémentaire en s’infiltrant dans les vergers de Mazraat Beit Jann avec une force composée de deux chars, un bulldozer et plus de dix véhicules militaires, survolée par des drones de reconnaissance qui ont poussé jusqu’à Dimas, dans la campagne de Damas.
Dans ce contexte, des sources militaires ont indiqué à Al-Akhbar qu’à travers ces ciblages et la pression psychologique qu’ils exercent sur les habitants — qui s’ajoute à celle découlant d’arrestations antérieures —, ‘Israël’ cherche prioritairement à soutirer des informations sur l’existence potentielle de dépôts d’armes dissimulés.
Cela concorde avec les messages envoyés par l’Unité 504 du renseignement militaire israélien sur les téléphones de citoyens syriens dans le Sud, visant à recruter des espions capables de lui fournir ce type de données.
Selon les informations d’Al-Akhbar, Tel-Aviv a exigé de Damas, au lendemain des affrontements survenus à Beit Jann en octobre 2025, la restitution de quatre fusils perdus par ses soldats lors d’un accrochage qui a failli tourner à la capture de plusieurs d’entre eux.
Dans les gouvernorats de Deraa, Quneitra et dans la campagne de Damas, l’ennemi a intensifié ses opérations au cours du mois de septembre, bombardant 4 sites distincts avec un ciblage accru de la localité d’Al-Rafid, dans la campagne de Quneitra.
Al-Rafid avait déjà fait l’objet de tirs d’artillerie ayant provoqué des incendies dans des terres agricoles, avant d’être le théâtre d’une large infiltration de plus d’une centaine de soldats israéliens qui y ont mené des perquisitions jusque dans les bergeries.
Parallèlement à ces incursions, l’ennemi a soumis un vaste questionnaire aux habitants de nombreuses habitations : selon les sources d’Al-Akhbar, il y était principalement question de leurs besoins en aides alimentaires et humanitaires, avec des allusions à l’envoi de personnel médical.
Par ailleurs, d’importants renforts militaires sont arrivés avant-hier soir à Tal al-Ahmar, dans la campagne nord de Quneitra, où s’est déployée une force constituée de trois chars et de plus de dix véhicules militaires.
Alors que ces troupes occupent toujours la colline, la nature des mouvements — complétés hier par l’acheminement de camionnettes, de citernes de carburant, de véhicules de transport de troupes et de blindés équipés de mitrailleuses — témoigne de l’intention d’y établir une présence permanente.
Quelques heures avant l’incursion des forces israéliennes dans les vergers de Beit Jann, le site israélien Walla publiait un rapport faisant état du souhait des soldats d’occupation de « s’enfoncer plus avant en territoire syrien ».
Le rapport rapportait les « critiques ouvertes » de officiers de réserve déployés sur le terrain quant au niveau et au périmètre des opérations de leur division, réclamant de « pénétrer quotidiennement dans la localité (Beit Jann) » ainsi que d’« élargir et d’intensifier les opérations offensives au cœur des villages syriens et des espaces ouverts qui les séparent », sous prétexte d’« éloigner et de déjouer au maximum les menaces et intentions hostiles envers Israël ».
Le point le plus alarmant du rapport réside toutefois dans l’évocation explicite de la capitale syrienne : il y est mentionné que « de nombreux soldats et officiers de réserve appellent à progresser et à marcher vers la capitale, Damas », précisant que la question avait été soulevée sans détour lors de la visite du chef d’état-major israélien, Eyal Zamir, dans le secteur deux semaines plus tôt.
En contrepartie, le même rapport reconnaît l’existence de canaux d’entente opérationnels avec Damas. Il cite un officier de l’armée de l’ennemi affirmant qu’il existe « des ententes et des événements de terrain dont on ne peut parler publiquement », mais qui « servent les intérêts sécuritaires directs d’Israël ».
L’officier ajoute : « De même que l’armée israélienne n’atteint pas chaque point du Liban ou de Gaza, il y a des zones où nous opérons et d’autres non ; il en va de même pour la Syrie. »
Source : Médias
