L’ancien commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), Philippe Lazzarini, a dénoncé lundi l’inaction de la communauté internationale face à la situation dans la bande de Gaza, mettant en garde contre les menaces pesant sur l’avenir des Palestiniens et de l’agence onusienne.
Invité de Radio France Internationale (RFI), ce lundi 2 novembre, à l’occasion de la publication de son livre « Témoin de Gaza : ce qui ne s’efface pas », paru aux éditions Favre, l’ancien responsable onusien a estimé que le cessez-le-feu en vigueur depuis un an avait contribué à reléguer la question palestinienne au second plan des priorités internationales.
Selon lui, les Palestiniens risquent de connaître « plus de misère, plus de détresse », tout en craignant de tomber dans l’oubli.
Lazzarini a également averti que les Palestiniens risquaient de connaître « le même destin que les Indiens d’Amérique », établissant un parallèle avec les populations amérindiennes autrefois confinées dans des réserves, où elles étaient confrontées à la famine, aux maladies et aux déplacements forcés.
Interrogé sur les conséquences possibles des élections législatives israéliennes et des élections de mi-mandat américaines, il s’est montré pessimiste quant à une amélioration de la situation, estimant notamment que la question palestinienne était absente des programmes des partis politiques israéliens.
« L’inaction est complice »
L’ancien patron de l’UNRWA a particulièrement mis en cause la responsabilité des gouvernements, leur reprochant de ne pas avoir utilisé les moyens de pression à leur disposition pour infléchir la politique israélienne.
« L’inaction est complice », a-t-il déclaré, citant notamment le maintien de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, malgré les violations du droit international documentées, selon lui, par plusieurs rapports.
Il a également dénoncé l’affaiblissement du droit international, estimant que les crimes commis à Gaza au cours des trois dernières années étaient restés sans conséquences.
Lazzarini a notamment évoqué la déclaration de famine à Gaza comme un tournant, regrettant qu’elle n’ait entraîné aucune pression significative sur le gouvernement israélien.
L’ancien responsable a par ailleurs critiqué l’adoption, en novembre 2025, de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies, estimant qu’elle avait contribué à affaiblir les prérogatives de l’ONU en matière de paix et de sécurité au profit du Conseil de paix porté par le président américain Donald Trump.
L’avenir de l’UNRWA menacé
Revenant sur les accusations israéliennes visant certains employés de l’UNRWA, soupçonnés d’avoir participé aux attaques d’octobre 2023, Lazzarini a défendu la réaction de l’agence, rappelant que des enquêtes avaient immédiatement été ouvertes et qu’une évaluation indépendante avait été menée sous la direction de l’ancienne ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna.
Il a accusé Israël de chercher, au-delà de ces accusations, à faire disparaître l’UNRWA et, avec elle, le statut des réfugiés palestiniens et la question de leur droit au retour.
Évoquant la destruction des bureaux de l’agence à Jérusalem-Est en janvier 2026, il a dénoncé une atteinte au droit international ainsi qu’aux privilèges et immunités des Nations unies.
Sur le plan financier, Lazzarini a reconnu que l’UNRWA continuait de souffrir d’une crise structurelle, malgré le retour des donateurs ayant suspendu leurs contributions en 2024. L’agence fait face, selon les chiffres évoqués lors de l’entretien, à un déficit de 100 millions de dollars.
« Je ne suis pas très optimiste quant à l’avenir de l’agence », a-t-il confié, avertissant que la pression exercée sur l’UNRWA pourrait s’étendre de Gaza à la Cisjordanie, puis à ses autres zones d’intervention.
Pour rappel, les opérations militaires israéliennes et les attaques de colons se sont intensifiées en Cisjordanie depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza en octobre 2023.
Source : Anadolu
