lundi, 20/04/2026   
   Beyrouth 10:30

Liban : Entre préservation de la souveraineté et paix des autres

Par Mohammad Raad*

Le moyen le plus simple pour un responsable libanais de justifier son désarroi et son incapacité à protéger le pays et sa souveraineté — surtout lorsque des citoyens honorables prennent l’initiative de résister à l’ennemi sioniste qui occupe la terre et menace la patrie — est de donner libre cours à l’accusation selon laquelle ces résistants libanais mènent « les guerres des autres » sur le sol du Liban.

Cette accusation, toujours prête à l’emploi, émane d’un arrière-plan intellectuel, politique, intéressé et psychologique qui dissimule une série d’enjeux :

Le désaveu immédiat de l’acte de résistance, de ses fondements et de ses objectifs, afin de couper court à tout soupçon des tuteurs concernés quant à une implication, une coordination implicite ou une tolérance de cet acte honorable mais « interdit ».

Le déni émotionnel des impératifs de l’acte de résistance et le repli politique et psychologique contre toute écoute de ses motivations, sans oublier la dissimulation d’un complexe d’infériorité vis-à-vis du concept de souveraineté.

L’hypertrophie de l’ego du pouvoir et le gonflement d’un sentiment incitant à condamner l’action nationale légitime, à l’encercler, à la décourager et à se venger de ses auteurs.

Le désir démesuré de recevoir du soutien pour les mesures et positions du responsable ou du pouvoir, ouvrant grand la porte aux services de conseil et aides orientées, ainsi qu’à la coordination dans le cadre de programmes préétablis visant à servir des intérêts déséquilibrés et à avorter l’action populaire anti-occupation.

L’inversion des priorités dans l’esprit de l’opinion publique, de sorte que la priorité de la défense légitime et de la lutte contre l’occupation soit négligée, pour laisser place à la dénonciation de l’acte de résistance qui ne figure pas au programme du responsable ou du pouvoir !

L’engagement dans un processus d’incitation, de calomnie et de déformation des motivations et de la réputation, en diffusant des rumeurs sur l’acte de résistance nationale courageux, afin de l’isoler et d’empêcher toute contagion populaire.

Tout cela est contenu dans cette phrase magique et courte : « Les guerres des autres sur notre sol ».

Il ne faut pas négliger un niveau plus profond des significations de cette position d’autorité, que l’on peut résumer ainsi :

Tenter de dépouiller la Résistance de toute appartenance nationale qui pourrait motiver ou justifier son action.

L’accuser directement de servir les objectifs de parties ou d’États tiers en menaçant les intérêts de la nation, afin de mettre en doute le patriotisme des résistants et de leur imputer une intention criminelle.

Préparer le terrain pour des décisions gouvernementales ou politiques visant à délégitimer l’acte de résistance, à en éloigner le public libanais et à tarir ses ressources de soutien moral et matériel.

Créer un climat politique propice à la confrontation et au recours à la force pour empêcher l’action de la résistance, imposer la décision du pouvoir sur le terrain et afficher des gages de « bonne conduite » devant les tuteurs.

Se désengager de toute interprétation politique ou constitutionnelle divergente de celle du pouvoir, et renverser tout ce qui a été convenu précédemment entre les Libanais, y compris le Document d’Entente Nationale et la Constitution.

Dans un pays comme le Liban, où la division est ancrée depuis sa création et se ramifie jusqu’à l’appartenance nationale et le sentiment souverain, le destin continuera de jouer un rôle actif dans la définition des plafonds de la stabilité nationale face aux changements qui frappent la région.

Certains déterminants restent au cœur de ces interactions :

L’adéquation ou la divergence entre l’appartenance nationale et l’appartenance confessionnelle.

L’oscillation entre souveraineté et dépendance dans l’évaluation des intérêts nationaux.

La marge autorisée pour concilier les constantes de valeurs nationales avec les rapports de force existants.

La force ou l’effritement de l’influence internationale et son impact sur le respect du droit international.

L’ampleur du ralliement autour du pouvoir et le degré de confiance en son patriotisme ou son intégrité.

Le poids de la présence culturelle, politique et djihadiste de la Résistance, et l’efficacité de son extension populaire.

Dans notre situation actuelle, le Liban vit sur une faille sismique menaçant toute la région. Il existe une hégémonie sioniste-américaine tentant de redessiner la carte de la région pour garantir l’occupation de la Palestine, assurer la sécurité de l’entité temporaire et imposer l’influence de Washington.

La question est celle de la gestion des affaires du monde arabe selon un mode d’influence politique et économique qui laisse les mains libres à l’administration américaine coloniale pour contrôler les ressources, les passages maritimes et les intérêts commerciaux.

La clé de ce projet est l’allégeance à la volonté de l’occupant sioniste et la soumission à son agression, en tant que « mauvais policier » des USA.

Les Libanais veulent-ils vivre en esclaves des Israéliens et des Américains, ou résister pour rester maîtres chez eux ? Veulent-ils s’engager dans la guerre des sionistes contre la région, comme le souhaitent certains responsables, ou prouver au monde qu’ils sont un peuple souverain refusant toute tutelle, qu’elle vienne d’un ennemi ou d’un prétendu ami ?

Avec le cessez-le-feu du 27-11-2024, et avant la formation d’un nouveau pouvoir au Liban, la Résistance s’est engagée aux impératifs de l’annonce, considérant l’État libanais comme responsable de l’application de l’accord, de la préservation de la souveraineté et de l’évacuation de l’occupant.

Pourtant, la trajectoire politique et diplomatique du pouvoir a conduit à l’exécution de ce que l’ennemi sioniste dicte, contre l’intérêt national. Sous cette impulsion défaitiste, le pouvoir a remplacé les priorités nationales par des priorités suspectes.

La priorité du « monopole des armes » a surgi alors que l’on attendait celle de l’évacuation de l’occupant.

Puis est venu le tarissement des ressources de la Résistance, et la reconstruction a été liée à des réformes financières, tandis que l’arrêt des hostilités a été lié au désarmement.

Pendant un an et trois mois consécutifs, l’ennemi a profané les villages et villes libanais, multipliant les agressions et les violations, tuant plus de 500 martyrs et faisant 3 000 blessés civils.

Pendant ce temps, la Résistance patientait alors que l’État menait « la paix des autres » sur le sol libanais, sans aucun progrès dans l’exécution de l’accord que les responsables évitent désormais de mentionner pour ne pas irriter les Américains.

Un pouvoir qui ne fait pas pression pour sa paix nationale mais se plie à la « paix des autres » — qui est en réalité une capitulation — n’a pas le droit d’accuser les résistants de mener la guerre des autres.

La Résistance a prouvé sa crédibilité nationale par la Libération et par l’équilibre de la dissuasion imposé entre 2006 et 2023.

Aujourd’hui, après avoir contraint l’ennemi au cessez-le-feu, le pouvoir doit maintenir sa pression pour obtenir le retrait immédiat et complet de l’ennemi de nos terres occupées sans conditions, la libération des prisonniers et la reconstruction, conformément à ce que l’ennemi lui-même a accepté le 27-11-2024, sans besoin de négociation directe ni de nouvel accord avec cette entité paria.

Chaque goutte de sang d’un martyr tombé pour la défense du Liban et pour la dignité des Libanais est plus précieuse que n’importe quelle amitié prétendue qui soutient notre ennemi, nous fait chanter et fait pression sur notre pouvoir pour le réconcilier avec lui.

Président du bloc parlementaire « Fidélité à la Résistance »

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar