mercredi, 22/04/2026   
   Beyrouth 10:02

Sur l’Iran, la communication toujours plus brouillée et brouillonne de Trump

Avec ses déclarations retentissantes sur son réseau Truth Social, ses revirements abrupts et ses conversations téléphoniques multiples avec des journalistes, Donald Trump ne fait qu’ajouter à la confusion autour de sa stratégie concernant l’Iran.

La journée de mardi en a été un parfait exemple : le président américain l’a entamée en assurant, sur la chaîne CNBC, qu’il ne prolongerait pas le cessez-le-feu annoncé le 7 avril.

C’est pourtant ce qu’il a fait quelques heures plus tard, en annonçant sur sa plateforme que la trêve était maintenue jusqu’à nouvel ordre, avec une sobriété inhabituelle.

Il a dit attendre une « proposition » de Téhéran, cela après avoir pourtant assuré la semaine dernière, dans un court entretien avec l’AFP, qu’il n’y avait « plus de points de blocage » avec les autorités iraniennes.

Rectificatifs

Le président américain commente le conflit quasiment en temps réel au gré d’échanges de ce type avec des reporters, qui l’appellent sur son téléphone portable et auxquels il répond de manière plus ou moins expéditive.

A deux reprises, ces derniers jours, la Maison Blanche a dû rectifier des déclarations faites dans ces conditions par le milliardaire de 79 ans.

Dimanche, Donald Trump a affirmé à la chaîne ABC que JD Vance ne conduirait pas la délégation américaine pour la reprise des discussions avec l’Iran au Pakistan, ce qui a été très vite démenti.

Lundi, le président américain a assuré au New York Post que les négociateurs étaient en route pour Islamabad. Le vice-président et les autres émissaires n’avaient pourtant pas quitté les Etats-Unis, et s’y trouvaient toujours mardi.

Ces conversations multiples mettent à mal la conviction, jusqu’ici bien ancrée, que « le président des Etats-Unis doit toujours avoir des communications sécurisées » et que son « temps est précieux », note Robert Rowland, professeur de communication à l’université du Kansas.

« A l’opposé »

Et de rappeler à l’AFP le bras de fer qui avait opposé Barack Obama aux services de sécurité concernant l’appareil de type BlackBerry auquel l’ancien président démocrate était très attaché, mais que ses conseillers jugeaient trop peu fiable.

L’universitaire note aussi que là où ses prédécesseurs s’efforçaient d’adopter un ton rassembleur en temps de conflit, Donald Trump « est à l’exact opposé. Il politise à l’extrême ».

Le président républicain s’en est pris violemment à l’opposition ces derniers jours, qualifiant les démocrates de « traîtres » qui « font tout ce qui est en leur pouvoir pour nuire » à l’opération « Furie épique ».

Le Wall Street Journal a révélé lundi que Donald Trump ne consultait personne avant de publier sur sa plateforme des messages semés de majuscules et points d’exclamation, mêlant menaces apocalyptiques et tournures désinvoltes, voire grossières.

Le journal rapporte aussi que l’entourage du président l’a tenu partiellement à l’écart pendant le récent sauvetage d’un aviateur américain en Iran, de peur que son « impatience » ne perturbe la spectaculaire opération.

Cette impulsivité se manifeste aussi, selon Robert Rowland, par des « violations » répétées des convenances, y compris ayant trait aux forces armées, pour lesquelles la majorité des Américains ont le plus grand respect.

Vietnam

Donald Trump a été très critiqué après avoir arboré une casquette brodée de l’acronyme « USA » en lettres d’or pour accueillir les dépouilles de militaires tués au Moyen-Orient. Ce alors qu’un modèle similaire de couvre-chef était en vente sur le site de la Trump Organization pour 55 dollars.

Le républicain, exempté de combattre au Vietnam pour des raisons médicales, n’a pas hésité mardi à affirmer sur CNBC qu’il aurait remporté « très rapidement » cette guerre (1954-1975) s’il avait été au pouvoir à l’époque.

La communication de Donald Trump sur l’Iran, déjà erratique, est brouillée encore davantage par de fréquentes digressions sur son sujet de prédilection : la construction et la rénovation de bâtiments.

Pendant son interview mardi sur CNBC, il a trouvé le moyen d’évoquer à nouveau le chantier qui lui tient le plus à cœur, celui d’une monumentale salle de bal à la Maison Blanche: « Je construis en dessous du budget prévu et plus vite que le calendrier prévu », s’est vanté l’ancien promoteur immobilier.

Selon le Washington Post, le président américain a mentionné cette fameuse salle de bal en moyenne une fois tous les trois jours depuis le début de l’année.

Source : AFP