Par Mohammad Dbouk
Une étude de recherche émanant du centre de recherche sur la sécurité nationale de Tel-Aviv aborde les moyens de désarmer le Hezbollah dans la phase consécutive à la guerre israélo-américaine contre l’Iran et le Liban.
L’étude propose un modèle hybride et progressif qui ne se limite pas à la collecte des armes, mais s’étend au démantèlement des structures militaires du Hezbollah et à la réintégration de ses membres. Ce processus serait mené parallèlement à une reconstruction de l’État libanais et au renforcement de ses institutions sous supervision internationale et financement du Golfe, en synchronisation avec des négociations de paix directes entre le Liban et ‘Israël’.
D’un côté, la recherche livre un diagnostic précis des complexités de la réalité actuelle et exprime clairement l’objectif final israélien : mettre fin à la menace du Hezbollah et empêcher sa reconstitution en tant que force militaire influente à l’avenir.
Cependant, dès qu’elle passe du diagnostic à l’exécution, l’étude perd sa cohérence pratique. Elle échoue à présenter une trajectoire réalisable et révèle, involontairement, un fossé béant entre les ambitions d’Israël et ce qui peut réellement être imposé sur le terrain.
Les chercheurs partent de l’hypothèse que le moment actuel est propice à cette démarche, s’appuyant sur ce qu’ils considèrent comme un déclin des capacités du Hezbollah et de l’Iran dû à la guerre, ainsi que sur une disposition libano-israélienne à négocier directement.
Ils comptent également sur la présence de l’armée israélienne au Sud-Liban et sur ce qu’ils décrivent comme un « soutien interne croissant » au Liban pour l’idée du désarmement.
Néanmoins, l’étude elle-même reconnaît que l’obstacle majeur réside dans la nature complexe du Hezbollah — entité militaire, politique, sociale et religieuse enracinée dans son milieu et structurellement liée à l’Iran.
Dès lors, collecter les armes ne suffit pas ; il faudrait reformuler son rôle et son identité, et offrir des alternatives concrètes à sa base sociale pour la convaincre que son avenir n’est pas lié à son arsenal. Cet aveu, en soi, fragilise l’hypothèse des « circonstances propices » de départ.
Quant à l’impossibilité de cette voie dans la phase actuelle, elle tient au fait que la guerre ayant épuisé l’Iran et le Liban n’a pas produit de dénouement tranché, mais a au contraire confirmé l’indivisibilité des deux fronts.
L’Iran, par sa résilience militaire, a prouvé sa capacité à s’imposer comme un acteur incontournable de tout règlement concernant le Liban.
Le déplacement de la confrontation du champ militaire vers le bras de fer économique — avec la fermeture d’Ormuz et le blocus des ports iraniens — n’a pas été une déconnexion du dossier du Hezbollah, mais une réaffirmation de ce lien.
Tant que les négociations avec l’Iran ne sont pas tranchées, et alors que le conflit se transforme en une course à l’endurance où aucune partie ne peut anéantir l’autre, la scène libanaise reste en suspens, tout comme le Hezbollah : ni vaincu pour remettre ses armes, ni vainqueur pour se repositionner librement.
La situation demeure otage d’un « deal » qui n’est pas encore né, preuve vivante que le chemin vers Beyrouth passe par Téhéran, même si tout le monde s’en défend.
Ainsi, cette étude s’apparente sur le fond à une tentative d’esthétisme académique pour masquer une impasse stratégique vécue par ‘Israël’.
Elle présente, dans un langage technique et par étapes successives, ce qui ressemble à un plan exécutable, mais une lecture attentive révèle qu’elle ne fait qu’organiser l’impuissance dans un cadre scientifique.
Paradoxalement, les chercheurs ont diagnostiqué le problème avec précision et défini les conditions de sa résolution, pour finir, sans le vouloir, par prouver que ces mêmes conditions sont irréalisables dans le monde de l’après-guerre.
L’étude suppose un monde où le désarmement du Hezbollah serait possible via une ingénierie interne, complétée par des pressions militaires, politiques et économiques, et où le pouvoir libanais s’empresserait d’atteindre cet objectif.
Or, les faits indiquent une équation totalement différente : les résultats restent toujours entre les mains de celui qui tient le plus longtemps.
Par conséquent, alors que la recherche passe du statut de « feuille de route » à celui de description académique d’un enlisement stratégique, la question n’est plus de savoir si le plan de désarmement réussira, mais si ‘Israël’ est capable de transformer son impasse en victoire politique via des négociations dont elle ne détient seule ni les clés, ni les garanties de succès.
L’étude n’a pas affronté cette question ; elle ne l’a même pas posée. Non par omission, mais parce qu’elle a révélé, malgré elle, que la réponse ne se trouve pas à Tel-Aviv.
Elle dépend de ce qui se joue dans cet Orient relativement éloigné du champ de bataille entre ‘Israël’ et le Hezbollah : les USA et l’Iran. D’ici là, ce document reste un témoignage sincère de l’impuissance, et non une feuille de route vers une solution.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
