Par Firas Choufi
‘Israël’ a toujours planifié d’intensifier la colonisation juive et d’étendre l’infrastructure de son projet colonial sur le plateau du Golan syrien occupé, et ce, bien avant que la Knesset n’adopte la « Loi sur les hauteurs du Golan » le 14 décembre 1981, décrétant l’« annexion du plateau ».
Le dernier de ces plans consiste en l’approbation par le gouvernement israélien de fonds dépassant les 334 millions de dollars, dans le cadre d’un plan quinquennal visant à porter le nombre de colons sur le plateau occupé à 50 000 d’ici 2030.
Cependant, cette expansion démographique s’est toujours heurtée à la crainte des gouvernements israéliens successifs de devoir abandonner le plateau en cas d’« accord de paix » avec la Syrie ou de reprise de la guerre sur le front nord-est.
En soixante ans d’occupation continue, la colonisation dans le Golan est restée « timide » par rapport à la superficie occupée et aux atouts climatiques de la région ; l’inquiétude sécuritaire constituait un obstacle majeur pour les groupes de colons, face à une zone au destin incertain et proche des unités de combat syriennes.
Néanmoins, les dernières années — marquées par le déclin des capacités de Damas dans le sud syrien jusqu’à la chute de l’ancien régime fin 2024 — ont vu, pour la première fois, le nombre de colons dépasser celui des populations syriennes originelles restées dans cinq villages (Al-Ghajar, Mas’ade, Majdal Shams, Buq’ata et Ein Qiniya).
Fin 2023, le nombre de colons atteignait déjà plus de 26 000 selon l’ONU.
Ces colons, majoritairement d’origines européenne, américaine et russe, résident dans environ 30 colonies et fermes érigées pour la plupart sur les ruines de villages et fermes syriens dont l’occupation a effacé les traces.
L’ennemi a détruit plus de 384 localités depuis l’occupation du Golan en juin 1967, déplaçant plus d’un demi-million de Syriens.
L’occupation profite actuellement de plusieurs facteurs pour accentuer la colonisation dans le Golan et en Cisjordanie.
Des mouvements de colons traversent désormais les frontières vers le sud de la Syrie et du Liban sous la protection d’instances au sein du système d’occupation, malgré les prétentions de l’armée de réprimer ces mouvements.
L’un des facteurs clés est la fin du danger que représentait l’ancienne armée syrienne.
L’institution sécuritaire ressent une grande assurance sur le front nord-est, surtout après qu’Israël a réussi à détruire et désarmer l’équipement lourd de la nouvelle armée syrienne dans les provinces du sud, et à arracher des concessions de souveraineté au gouvernement de transition dirigé par Ahmed al-Charaa, lors de négociations parrainées par l’émissaire américain Thomas Barrack.
L’autre facteur essentiel est la couverture offerte par le président américain Donald Trump.
Son administration avait déjà reconnu la « souveraineté israélienne » sur le Golan occupé à la fin de son premier mandat, répondant aux exigences du lobby juif aux États-Unis.
Ce nouveau projet de 50 000 colons supplémentaires pose un défi majeur pour les habitants du sud de la Syrie, du Sud-Liban et du nord de la Jordanie.
Cela signifie l’arrivée d’au moins 10 000 nouveaux colons armés, soutenus par des unités militaires régulières, ce qui augmentera le danger sur les zones limitrophes.
Ce plan exercera également une pression sur les ressources du plateau et encouragera les tentatives de contrôle de zones plus vastes dans le sud syrien, sous prétexte de créer une « zone de sécurité » s’étendant jusqu’au Liban, centrée sur le mont Hermon (Jabal al-Cheikh) et ses ressources hydriques.
Ce « plan quinquennal » s’accompagne d’autres projets visant à attirer un million de nouveaux colons — notamment d’Ukraine et de Russie — pour peupler les terres que l’occupation ambitionne de contrôler en Cisjordanie, en Syrie et au Liban.
Des campagnes visent également à attirer des groupes non-juifs d’Indochine, d’Inde et d’Afrique pour réduire l’écart démographique avec les Palestiniens, une priorité depuis le 7 octobre 2023.
Les circonstances actuelles en Syrie ne permettent pas de contrer ce projet, le front syrien ayant été gravement affaibli par les attaques à Soueida et l’intervention militaire israélienne.
Alors que l’actuelle administration américaine est le premier parrain du nouveau régime syrien, elle fait passer, via cette diplomatie, les projets de colonisation et d’extension de la « Terre d’Israël », que Trump juge « trop petite ».
Tout cela se déroule au milieu d’une impuissance internationale et arabe totale à imposer des limites à une colonisation qui s’étend partout où parviennent les forces d’occupation et les groupes de colons.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
