jeudi, 14/05/2026   
   Beyrouth 10:36

Sur quoi négociez-vous ?

Par Ibrahim Al-Amine

Non, il n’est pas bon de donner une chance au pouvoir. Ce n’est pas parce que personne ne veut qu’il réussisse à arracher ce qui préserve les intérêts du Liban lors des négociations de Washington, mais parce que ce pouvoir n’a pas de stratégie pour protéger les droits du Liban.

Il est impliqué dans la guerre israélienne contre le Liban et, dans certains cas, complice de la couverture des crimes quotidiens commis par l’ennemi.

Le pouvoir, représenté d’abord par ses deux présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam, flanqués du reste des adversaires de la Résistance, prétexte que la négociation est une conséquence naturelle de toute guerre, et qu’on ne négocie qu’entre ennemis ou parties belligérantes.

Il prétexte également que l’adhésion à la proposition américaine est due au fait que les États-Unis sont la seule partie capable de s’adresser à ‘Israël’.

En contrepartie, cette équipe continue de s’accrocher à son récit affirmant que la Résistance n’est pas la voie vers la libération, l’indépendance ou la protection du pays.

À chaque apparition de cette équipe maudite, ses piliers répètent qu’ils aiment le Liban, qu’ils connaissent l’intérêt des Libanais mieux que quiconque, et que les gens sont lassés des guerres et veulent la paix.

Parallèlement, des voix s’élèvent pour dire que l’unité nationale exige que les gens se comprennent les uns les autres. C’est un appel aux gens pour qu’ils comprennent ce que fait le pouvoir, et qu’ils lui donnent une chance de faire ce qu’il prétend maîtriser pour atteindre les objectifs escomptés.

Mais cette logique ne tient pas face à la réalité. La Résistance qui fait face à l’occupation n’est pas un acteur secondaire que l’on peut ignorer.

Sa position ne ressemble pas à celles de Samy Gemayel, Achraf Rifi, Marc Daou ou d’autres dont on peut ne pas prêter attention aux déclarations.

Le rôle direct de la Résistance dans le conflit dépasse celui de n’importe quelle autre institution de l’État, et sa présence politique et populaire surpasse celle de toutes les forces présentes aujourd’hui au pouvoir.

De plus, elle fait partie d’un vaste axe régional qui commence à Gaza et ne s’arrête pas à l’Iran.

Quant à celui qui croit que le simple fait de brandir l’« identité libanaise » est capable, à lui seul, de produire une réponse au conflit avec Israël, il ignore les réalités de l’histoire, de la géographie, de l’économie et des rapports de force.

Le problème est que celui qui parle au nom du Liban aujourd’hui à Washington semble non seulement ignorant de la nature de la région et de ses complexités, mais manque aussi d’une compréhension profonde de la nature de l’ennemi avec lequel il négocie.

Plus grave encore, il ne possède aucun véritable élément de force à mettre sur la table, ni pour imposer un recul à l’ennemi, ni même pour le pousser à prendre le Liban au sérieux.

Celui qui suppose que l’« identité libanaise » est capable d’apporter une réponse à la question liée au conflit avec Israël est un idiot à tous les égards, et ne connaît ni l’histoire, ni la géographie, ni l’économie, ni les arts militaires.

Le problème est que celui qui parle en notre nom aujourd’hui à Washington n’est pas seulement ignorant de la situation de la région, mais aussi de celle de l’ennemi qu’il négocie.

À cela s’ajoute qu’il ne possède aucun véritable élément de force à mettre sur la table, ne serait-ce que pour être pris en considération.

L’expression peut paraître dure, mais le négociateur israélien sera, selon toute vraisemblance, impatient de lever les séances de négociation.

Il ne veut pas de ce « folklore » à la base, et restera les yeux fixés sur le parrain américain en demandant la fin de la réunion, car la partie assise en face de lui n’a aucun rapport avec tout ce qui se passe.

Le plus important pour Israël est que le pouvoir libanais, même s’il présente des engagements, ne semble pas capable de les exécuter.

En revanche, les Américains participant aux négociations sont occupés à rivaliser pour gagner les faveurs du président Donald Trump, tandis que les hauts responsables de la Maison Blanche réalisent que la guerre au Liban, tout comme tout règlement potentiel, fait désormais partie intégrante de la guerre ou de la solution avec l’Iran.

En ce sens, il est difficile de considérer ce qui se passe comme un processus sérieux méritant qu’on parie dessus ; cela ressemble plutôt à un acte idiot au premier degré, et pas du tout national au second degré, de nature à encourager l’ennemi à poursuivre ses crimes dans tout le Liban.

Il suffit, dans ce contexte, que le négociateur israélien dise une seule phrase pour clore la discussion : « Vous représentez le gouvernement libanais, et vous avez déclaré que c’est une organisation hors-la-loi. Si vous n’êtes pas capables de l’affronter ou de l’éliminer, ne barrez pas la route à nos forces alors qu’elles accomplissent la mission. Sinon, vous devez revenir avec un plan clair, un calendrier et des mécanismes d’exécution de vos décisions, et après cela, nous verrons ! »

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar