samedi, 16/05/2026   
   Beyrouth 08:36

Négociations de Washington : L’Autorité veut la coordination sécuritaire avec l’occupation | Les USA demandent l’annulation de la loi de boycott de l’ennemi et la création d’une brigade spéciale de l’armée pour combattre le Hezbollah

L’autorité de l’occupation au Liban s’est précipitée pour se jeter dans les bras du tuteur américain, Washington ayant réussi à pousser progressivement le Liban officiel vers une position de partenaire sécuritaire de l’ennemi israélien dans la confrontation ouverte contre la Résistance, sans que l’autorité de l’occupation à Beyrouth n’obtienne, en contrepartie, aucune garantie réelle concernant l’arrêt de l’agression militaire israélienne, le retrait ou même la stabilisation du Liban.

Les négociations en cours ne suggèrent pas que le Liban se dirige vers la protection de sa souveraineté, mais indiquent plutôt son implication dans des arrangements sécuritaires servant d’abord les priorités d’Israël, sous les bannières de l’« apaisement » et de la « prévention de l’escalade ».

Le plus dangereux est que tout cela se déroule alors que le Sud reste sous le feu, et qu’une large marge est accordée à Tel-Aviv pour poursuivre ses opérations militaires sous cette même couverture américaine.

C’est ce qu’a reflété le département d’État américain en annonçant « la prolongation du cessez-le-feu au Liban pour une période de 45 jours, à la suite du dernier cycle de discussions hautement productives entre le Liban et Israël », révélant par la même occasion « le lancement d’un processus sécuritaire au siège du Pentagone le 29 mai, avec la participation de délégations militaires du Liban et d’Israël ».

Cependant, il est clair que le Liban a accepté le nouveau cadre de coordination sécuritaire avec l’ennemi par l’intermédiaire des États-Unis, de la même manière que celui en vigueur dans les territoires palestiniens occupés, qui a fini par faire de l’autorité de Ramallah une partenaire des forces d’occupation dans la traque de la Résistance, l’arrestation et le meurtre des résistants.

Alors que les fuites se sont intensifiées à Beyrouth concernant des « progrès réalisés », ce qui a été promu par des responsables américains, il s’est avéré que les discussions portent concrètement sur les conclusions du débat américano-israélien qui a précédé les deux sessions de jeudi et vendredi, et qui s’est traduit par un document de propositions présenté à la délégation libanaise.

Proposition israélienne

Selon les données disponibles jusqu’à présent, la proposition israélienne repose sur un ensemble de points fondamentaux, dont les principaux sont :

1- Pousser le Liban à adopter le concept de la fin de l’état d’hostilité avec Israël, et traduire cela rapidement par l’adoption d’une loi par la Chambre des députés annulant la loi de boycott et cessant de criminaliser les contacts avec les Israéliens.

2- L’engagement du gouvernement libanais à mettre en œuvre sa décision rendue le 2 mars dernier, visant à considérer les deux ailes, militaire et sécuritaire, du Hezbollah comme « deux organisations illégales », et à œuvrer pour leur dissolution via les institutions militaires, judiciaires et sécuritaires libanaises.

3- La présentation par le Liban de garanties claires concernant la mise en œuvre du plan d’extension de l’autorité de l’État et de limitation des armes à l’ensemble du territoire libanais, dans le cadre d’un mécanisme dont les détails seront discutés avec les parties américaine et israélienne, et sous la supervision directe du comité du « Mécanisme » qui sera chargé de suivre l’exécution et de vérifier le respect des mesures requises.

4-L’engagement des États-Unis à financer et équiper une nouvelle brigade au sein de l’armée libanaise, avec une participation américaine dans le choix de ses officiers et de ses éléments, à condition d’exclure toute personne soupçonnée de proximité ou de soutien au Hezbollah. Washington se chargera d’entraîner cette brigade militairement et sécuritairement pour qu’elle soit la force principale chargée d’exécuter le volet militaire de l’opération de désarmement, ce qui inclut l’entrée dans toute installation ou site, qu’il soit public ou privé, ainsi que dans des installations situées sur des terrains ouverts, afin de procéder au désarmement.

5-L’approbation par le gouvernement libanais d’un mécanisme de coordination directe avec l’armée israélienne via le médiateur américain, afin de garantir la bonne exécution de tout accord et d’accorder à Israël des garanties que le Hezbollah ne restera pas présent en tant que force militaire.

Selon ce qui est apparu, les réunions de jeudi et vendredi n’étaient qu’un cycle supplémentaire de discussions préliminaires, la « déclaration d’intentions » que les États-Unis annonceront devant inclure une référence à l’approbation des deux parties, y compris le lancement d’un processus de négociation politique et militaire-exécutif à une étape ultérieure.

Les données indiquent qu’Israël a l’intention d’élever le niveau de sa représentation en confiant à l’ancien ministre Ron Dermer la gestion des négociations, dans l’espoir que le Liban élève à son tour son niveau de représentation en intégrant un ministre de premier plan à la délégation officielle.

Mais le plus important dans tout ce qui se passe, c’est qu’Israël lie tout engagement à un cessez-le-feu global ou à un calendrier de retrait de ses forces des territoires libanais à la mesure de l’engagement du Liban à exécuter ce qui sera convenu dans le dossier du désarmement et des arrangements sécuritaires.

Dans ce contexte, les Israéliens répètent explicitement qu’ils ne font pas confiance aux expériences passées, et c’est pourquoi ils proposent des mécanismes supervisés par les États-Unis, mais qui établissent concrètement une forme de coopération directe entre les autorités libanaises officielles et les autorités d’occupation face à la Résistance.

En parallèle, le président de la République, Joseph Aoun, a tenté de présenter ce qui se passe comme une grande réalisation, considérant devant ses visiteurs que les réunions de Washington « ouvrent la porte à un accord de cessez-le-feu ».

Cependant, les discussions qui ont eu lieu ont révélé des complexités plus profondes.

Lorsque le chef de la délégation à Washington, l’ancien ambassadeur Simon Karam, l’a informé que les parties américaine et israélienne avaient demandé qui garantissait que le Hezbollah respecterait l’accord s’il avait lieu, Aoun a pris l’initiative de contacter le président Nabih Berri et lui a demandé directement : Si nous parvenons à un accord de cessez-le-feu, le Hezbollah le respectera-t-il ?

Berri a répondu : « Obtiens d’abord un cessez-le-feu global, de sorte qu’il n’y ait aucune forme d’opérations militaires, de bombardements, de raids, d’assassinats ou de ciblages dans tout le Liban, et la garantie de l’arrêt des opérations de destruction et de rasage dans les zones occupées, et apporte-moi un calendrier pour un retrait complet des forces d’occupation de tous les territoires occupés, et après cela, je serai en mesure de garantir le respect par le Hezbollah du cessez-le-feu ».

Texte des communiqués libanais, américain et israélien

Voici les textes littéraux du communiqué du département d’État américain et des délégations libanaise et israélienne après la fin des réunions.

Communiqué US :

« Les 14 et 15 mai, les États-Unis ont facilité deux jours de discussions constructives entre l’État d’Israël et la République libanaise au siège du département d’État américain. Les deux pays ont convenu d’un cadre de négociation visant à promouvoir une paix durable entre eux, à reconnaître pleinement et mutuellement la souveraineté et l’intégrité territoriale de chacun, et à instaurer une sécurité réelle le long de leurs frontières communes.

Au cours de ces deux jours, des progrès importants ont été réalisés sur le volet politique, qui reprendra les 2 et 3 juin prochains pour poursuivre ces discussions politiques.

Quant au volet sécuritaire, il sera lancé au ministère américain de la guerre (Pentagone) le 29 mai, avec la participation de délégations militaires des deux pays.

À cette fin, les parties ont convenu de prolonger l’accord de cessation des hostilités daté du 16 avril pour une période de 45 jours, permettant ainsi au volet sécuritaire d’améliorer efficacement la communication et la coordination entre ‘Israël’ et le Liban, sous les auspices des États-Unis.

Les États-Unis restent conscients des défis découlant des attaques continues menées par le Hezbollah contre ‘Israël’ sans l’approbation ni l’accompagnement du gouvernement libanais, et qui sont exécutées dans le but d’entraver ce processus.

Les États-Unis saluent l’engagement des deux gouvernements à œuvrer pour trouver une solution à long terme malgré ces défis persistants. Les États-Unis continueront à soutenir les deux pays dans leur progression sur ces deux volets ».

Communiqué de la délégation libanaise:

« La délégation libanaise a conclu deux jours de négociations au département d’État américain à Washington, D.C.

Les négociations tripartites qui ont réuni le Liban, les États-Unis et ‘Israël’ ont abouti à un progrès diplomatique tangible en faveur du Liban.

Les parties ont convenu de prolonger le cessez-le-feu actuel pour une période supplémentaire de 45 jours, afin de permettre le lancement d’un processus sécuritaire sous les auspices américains le 29 mai, et de renforcer l’élan politique qui a été réalisé au cours des derniers jours.

Principaux résultats :

Il a été convenu de prolonger le cessez-le-feu pour une période supplémentaire de 45 jours, parallèlement à la progression des volets sécuritaire et politique.

Le lancement d’un processus politique officiel qui reflète l’engagement constructif du Liban et renforce les chances de parvenir à une solution pacifique durable.

Le prochain cycle de réunions se tiendra les 2 et 3 juin 2026 au département d’État américain à Washington.

Les États-Unis travailleront directement à faciliter et à renforcer les canaux de communication et de coordination militaire entre le Liban et ‘Israël’, via un processus sécuritaire dont le lancement est prévu le 29 mai au Pentagone à Washington.

Les parties se sont engagées à examiner les progrès réalisés en vue de prolonger à nouveau le cessez-le-feu au cas où les voies de négociation aboutiraient à des résultats positifs.

La délégation libanaise salue les résultats d’aujourd’hui. La prolongation du cessez-le-feu et la création d’un processus sécuritaire sous les auspices américains offrent une bouffée d’oxygène nécessaire aux citoyens, renforcent les institutions de l’État et ouvrent une voie politique vers une stabilité durable.

Le Liban poursuivra son engagement constructif dans les négociations tout en préservant sa souveraineté et en protégeant la sécurité de son peuple.

La délégation réaffirme son engagement ferme à parvenir à un accord qui rétablit pleinement la souveraineté nationale libanaise et garantit la sécurité et le retour de tous les citoyens libanais.

Notre objectif est de transformer l’élan actuel du cessez-le-feu en un accord global et durable qui préserve la dignité, la sécurité et l’avenir des Libanais.

Les piliers fondamentaux de la position libanaise :

Restauration de la souveraineté : La priorité absolue du Liban reste la restauration complète de l’autorité de l’État sur tous les territoires libanais, de manière à garantir la protection des frontières, la préservation de la souveraineté nationale et la sécurité des citoyens.

Retour des déplacés et reconstruction : Le Liban maintient son engagement à garantir le retour sûr et digne des civils déplacés vers le Sud, soutenu par une aide économique efficace et des efforts de reconstruction durables.

Libération des détenus et récupération des corps : Le Liban continue d’exiger la libération de tous les détenus libanais et la récupération des corps des martyrs et des défunts.

Mécanisme de vérification indépendant : Pour éviter les échecs des arrangements précédents, le Liban insiste sur l’adoption d’un mécanisme d’exécution progressif et vérifiable, avec le soutien des États-Unis, pour garantir l’exécution de tous les engagements sans porter atteinte à la souveraineté libanaise.

Le Liban négocie pour un avenir où ses frontières seront respectées, sa souveraineté préservée exclusivement par l’armée libanaise, et son peuple capable de vivre dans une sécurité et une paix durables ».

Communiqué de la délégation israélienne:

Quant au communiqué de la délégation israélienne, il s’est limité à ce qui suit : « Les chances de succès des négociations avec le Liban sont grandes et les discussions de paix avec lui ont été franches et constructives ».

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar