jeudi, 21/05/2026   
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L’Iran élargit la liste de ses cibles | Téhéran à Washington : Le choc par le choc

Par Mohammad Khawajouï

Bien que de nombreux observateurs et analystes estiment que les menaces proférées par le président américain, Donald Trump, de lancer une nouvelle guerre contre l’Iran, visent principalement à faire pression sur Téhéran pour lui arracher des concessions lors des négociations, le tableau au sein de la République islamique semble différent.

Le scénario d’un retour à la guerre y est traité comme le scénario le plus probable auquel il faut se préparer.

Sur cette base, le niveau de préparation militaire a augmenté et les avertissements officiels se sont intensifiés, dans le cadre d’une approche basée sur la préparation à la reprise des combats, afin d’éviter de payer le prix de surprises non calculées.

CGRI

Dans ce contexte, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a menacé de « déplacer la guerre bien au-delà de la région » si le pays venait à subir une nouvelle attaque.

Il a déclaré, dans un communiqué, que l’Iran n’avait pas utilisé « toutes ses capacités » de riposte lors de la dernière guerre.

Il a ajouté, s’adressant à « l’ennemi américano-sioniste », que « si l’agression contre l’Iran se répète, la guerre régionale contre laquelle on a mis en garde ne restera pas cette fois-ci dans les limites de la région, mais les dépassera, et des coups fatals vous seront portés dans des endroits auxquels vous ne vous attendez pas, vous laissant dans un état de défaite totale ».

Ghalibaf

Dans le même sens, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a indiqué que malgré l’arrêt des attaques américaines et israéliennes contre l’Iran après l’annonce du cessez-le-feu, les « mouvements publics et secrets de l’ennemi » indiquent qu’il poursuit toujours ses objectifs militaires et cherche à déclencher « un nouveau cycle de guerre et d’aventures ».

Il a souligné que les forces armées iraniennes ont profité de la période de cessez-le-feu pour « reconstruire leurs capacités militaires », affirmant qu’elles « feront regretter à l’ennemi toute nouvelle agression contre la République islamique ».

Araghchi

De même, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a parlé de « surprises bien plus grandes » que l’Iran déploiera si la guerre contre lui venait à reprendre.

M.Araghchi a salué, dans une publication sur la plateforme « X », les performances des forces armées iraniennes lors de la dernière guerre, notamment en ce qui concerne l’abattage de chasseurs américains.

Et de renchérir: « À la lumière des leçons que nous avons apprises et des connaissances que nous avons acquises, soyez assurés que le retour sur le champ de bataille s’accompagnera de surprises bien plus grandes ».

Il ressort du communiqué des Gardiens de la révolution et des déclarations de Ghalibaf et d’Araghchi que l’Iran a l’intention, en cas de nouvelle guerre, de recourir à des mesures plus audacieuses et de mener des opérations offensives plus vastes.

Contre-choc

En contrepartie, les estimations au sein des cercles de sécurité iraniens indiquent que les États-Unis, lors de tout cycle supplémentaire potentiel, chercheront une guerre plus courte mais plus intense en termes de frappes.

Il semble que Washington tentera d’infliger le maximum de pertes possibles à Téhéran dans un laps de temps des plus courts, sans glisser dans une guerre d’usure prolongée, à l’instar de la guerre des 40 jours.

L’objectif principal de cette approche reste de provoquer un choc rapide menant à un changement immédiat des équations sur le terrain.

Face à une telle stratégie, il est probable que l’Iran, comme il l’a fait lors de la guerre des 40 jours, passe dès les premières heures de tout affrontement à des opérations lourdes provoquant un contre-choc.

S’inscrivent dans ce contexte la menace de fermer complètement le détroit d’Ormuz, de cibler les intérêts américains dans la région ou de frapper des objectifs dans certains pays de la région, en tant que partie d’un modèle de dissuasion visant à faire grimper rapidement le coût de l’escalade.

Il semble que Téhéran ait préparé pour ce scénario une nouvelle « banque de cibles » lui permettant de provoquer un choc réciproque dès les premiers instants, face à tout choc potentiel de la part de l’ennemi.

Avec l’émergence du scénario ciblant les infrastructures énergétiques en Iran, Téhéran s’emploie à faire passer le message selon lequel la déstabilisation de la sécurité de ses installations économiques et vitales ne restera pas sans réponse, et que toute escalade pourrait entraîner toute la région dans le cycle des affrontements.

Cependant, et même si les infrastructures énergétiques iraniennes ne sont pas directement ciblées, il est possible que l’approche de Téhéran diffère de celle de la guerre précédente.

Bien que la portée et l’intensité des frappes aujourd’hui puissent être plus limitées, les estimations indiquent que la position de l’Iran envers des pays comme les Émirats pourrait être plus offensive dès les premiers instants de toute guerre potentielle, et ce, dans le cadre d’une tentative de créer une équation de dissuasion précoce.

Dans ce contexte, le journal gouvernemental Iran a abordé, mercredi, ce qu’il a qualifié de « nouvelle banque de cibles potentielles de l’Iran ».

Il a mentionné que Téhéran mettra, lors du prochain cycle de confrontation, une concentration plus importante sur ‘Israël’, de sorte que l’entité passera en tête des priorités offensives iraniennes.

Médiation d’Islamabad

Mais parallèlement à la propagation de cette atmosphère, le ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, est arrivé mercredi à Téhéran, pour sa deuxième visite en une semaine, une démarche qui s’inscrirait dans le cadre de la mission de médiation d’Islamabad entre Téhéran et Washington.

Cette mission n’a abouti, malgré plusieurs cycles d’échanges de messages entre les deux parties, à aucun résultat tangible jusqu’à présent.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a confirmé que les négociations se poursuivent via le Pakistan, soulignant que ce que son pays réclame, ce ne sont pas des exigences, mais des droits.

De son côté, l’agence Tasnim a rapporté, hier soir, d’après une source proche de l’équipe de négociation iranienne, que « les États-Unis ont envoyé, il y a trois jours, un nouveau texte via le Pakistan, en réponse à notre texte », et que « l’Iran étudie actuellement le nouveau texte américain et n’y a pas encore répondu ». La source a ajouté que « le médiateur pakistanais cherche à rapprocher les textes des deux parties ».

Trump

Ces développements interviennent alors que Trump a parlé, ces derniers jours, d’un report de son attaque militaire contre l’Iran à la demande de dirigeants de pays du Golfe, tout en menaçant de n’accorder à Téhéran qu’un délai de quelques jours.

Il semble que le but de la déclaration de Trump était de donner de la crédibilité à ses menaces et de renforcer la pression psychologique et politique sur l’Iran, afin de préparer le terrain pour lui arracher davantage de concessions.

Cependant, cela ne signifie pas nécessairement que les États-Unis ont abandonné l’option militaire ; au contraire, si Washington conclut que les pressions politiques et les menaces existantes n’ont pas réussi à pousser Téhéran à changer sa position, la probabilité de réactiver cette option se renforce de plus en plus.

Hier, Trump a réitéré que « nous sommes dans les phases finales des négociations avec l’Iran et nous verrons ce qui se passera. Soit nous parviendrons à un accord, soit nous ferons des choses dures, et nous espérons que cela n’arrivera pas ».

Cela s’est produit au moment où le président américain a passé un autre long appel avec le Premier ministre de l’ennemi, Benjamin Netanyahu, qualifié par les médias israéliens de « décisif ».

Alors que Trump a déclaré, en commentant l’appel, que « Netanyahu fera ce que je veux de lui concernant l’Iran. Et nous sommes d’accord ».

Le site Axios a cité des sources indiquant que « Trump et Netanyahu ont discuté, lors d’un appel difficile, d’un nouvel effort pour parvenir à un accord avec l’Iran. Netanyahu était en colère après que Trump l’a informé que les médiateurs travaillent sur une lettre d’intention que Washington et Téhéran signeront pour mettre fin à la guerre ».

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar