lundi, 25/05/2026   
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‘Israël’ frustré : Le protocole d’accord est une « catastrophe stratégique »

Par Yehya Dbouk

La guerre menée conjointement par les deux alliés, américain et israélien, contre l’Iran — avec des objectifs déclarés allant jusqu’à l’aspiration de renverser le régime — approche d’un dénouement qui consacre le maintien de ce dernier, et le ramène même sur le devant de la scène régionale et internationale avec un positionnement stratégique qui pourrait surpasser, en termes de puissance et de statut, celui qui était le sien à la veille de la guerre elle-même.

Dans une analyse publiée hier par le journal israélien Yedioth Ahronoth, une profonde inquiétude israélienne émerge face aux fuites concernant le projet de protocole d’accord en cours d’élaboration entre Washington et Téhéran.

Les cercles décisionnels à Tel-Aviv craignent en effet qu’un éventuel accord ne garantisse pas le démantèlement du projet nucléaire iranien tel que le souhaitait ‘Israël’, qu’il ne limite pas le programme de missiles balistiques ou qu’il ne stoppe pas les activités des alliés régionaux de l’Iran.

En réalité, ce qui a été publié dans le journal ne représente qu’une infime partie du tableau général. Les répercussions stratégiques négatives pour ‘Israël’ — allant du repositionnement iranien dans la profondeur régionale à l’érosion de la dissuasion, sans oublier la possibilité d’un futur désengagement américain de la région — pourraient être plus larges et plus profondes que ce qui est annoncé ou divulgué à ce stade.

Bien qu’il soit encore trop tôt pour parler de la fin de la guerre ou de la stabilisation des règlements proposés, ou encore pour évaluer le bilan final des gains et des pertes des parties au conflit et leurs répercussions sur la région et le monde entier, les contours de l’inquiétude israélienne commencent à se préciser à plusieurs niveaux, dont les plus marquants sont les suivants :

Premièrement : Les failles sécuritaires

L’obsession israélienne majeure se concentre sur ce qui a été délibérément omis des clauses de l’accord. Le projet de protocole d’accord n’oblige pas Téhéran à démanteler son projet nucléaire de la manière souhaitée par Tel-Aviv.

Au contraire, selon la formule qui circule, il permet à l’Iran de conserver de l’uranium enrichi à 60 % sur son territoire.

Malgré les rapports évoquant des accords de principe iraniens pour transférer cet uranium à l’étranger, le texte actuel reporte le règlement final de cette question à des cycles de négociation ultérieurs, ce qui ouvre la voie à ce que des sources de sécurité israéliennes qualifient de « manipulation temporelle », d’autant plus qu’Israël a la ferme conviction que les Iraniens « savent manipuler le président américain Donald Trump et ses envoyés », selon l’expression de ces sources.

Il en va de même pour le dossier des missiles balistiques et des drones, totalement exclu du texte actuel sous prétexte de le reporter à des étapes ultérieures, tandis que le projet d’accord n’impose aucune restriction aux activités des alliés régionaux de l’Iran, notamment le Hezbollah, Ansarullah et les factions de la résistance irakienne.

De même, le projet appelle à la cessation des hostilités sur tous les fronts, y compris le front libanais, ce qui signifie concrètement lier les mains d’Israël, ce que les cercles de sécurité israéliens qualifient de « résultat stratégique catastrophique ».

Deuxièmement : Le repositionnement iranien et le changement géopolitique

L’inquiétude israélienne dépasse les aspects techniques de l’accord pour atteindre le changement géopolitique plus large. En effet, malgré le refus américain officiel de la demande de Téhéran d’obtenir un « statut spécial » dans le détroit d’Ormuz, les cercles décisionnels à Tel-Aviv craignent que des formulations souples ou ambiguës dans l’accord ne conduisent à consacrer une reconnaissance implicite de la capacité de l’Iran à influencer la sécurité du détroit, renforçant ainsi son statut régional et l’imposant comme un acteur incontournable de l’équation sécuritaire et économique.

De plus, la libération partielle ou totale des fonds iraniens gelés à l’étranger octroiera à Téhéran des liquidités financières lui permettant de faire face aux répercussions économiques de la guerre et des sanctions, tout en continuant à soutenir ses partenaires régionaux sur les différents fronts, ce qui double le niveau de menace auquel ‘Israël’ est confronté.

Troisièmement : La marginalisation d’Israël

Cette préoccupation est sans doute la plus profonde, la plus impactante, et peut-être la plus dangereuse pour ‘Israël’ à long terme. Le processus de négociation mené par les États-Unis via une médiation pakistanaise et qatarie, sans associer Tel-Aviv à ses discussions de fond, reflète un changement de position de cette dernière : de « partenaire stratégique », elle passe à une sorte de « carte de pression » utilisée en cas de besoin, puis ignorée à l’approche du moment du règlement.

Il ne s’agit pas seulement de la perte du statut de partenaire, mais cela va au-delà, vers la possibilité de voir se formuler des règlements régionaux majeurs aux dépens des intérêts israéliens, sans que Tel-Aviv n’ait la capacité d’exercer un « droit de veto » contre eux, ni même d’atténuer l’impact de leurs répercussions ou de les réorienter au service de ses intérêts.

Quoi qu’il en soit, ce qui s’est produit jusqu’à présent entre Washington et Téhéran ne dépasse pas le cadre d’un report des points de discorde fondamentaux vers des étapes de négociation ultérieures, avec l’apparition d’indicateurs qui semblent prometteurs, du moins sur la forme, quant à l’existence d’intentions de manœuvre et de concessions mutuelles chez les deux parties. Jusqu’à ce que le point de la signature finale soit atteint, il reste prématuré de parler de manière définitive d’un accord permanent ou d’arrangements stables et viables à long terme.

Cette conclusion n’est d’ailleurs pas dissimulée par les évaluations de sécurité israéliennes, qui estiment que la conclusion d’un accord final reste, dans un horizon prévisible, une chose impossible, en se basant sur le fait que tout véritable accord nucléaire exige des concessions iraniennes substantielles, qui semblent irréalisables pour le moment, ce qui impose le report des questions les plus sensibles vers des étapes ultérieures.

Cependant, le paradoxe qui suscite l’inquiétude d’Israël réside dans le fait que ce report lui-même pourrait conduire, avec le temps, à un affaiblissement de la position de négociation américaine.

Après de longs cycles de discussions, l’administration américaine pourrait se retrouver dans une position qui ne lui permettrait plus, relativement, d’activer le levier de la pression militaire, ce qui signifie offrir à l’Iran l’avantage du temps et lui donner l’opportunité de se soustraire progressivement aux échéances difficiles.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar