Dans les calculs politiques, le compromis concernant le séjour de l’ambassadeur iranien Mohammad Reza Chibani à Beyrouth a constitué un camouflet pour le camp qui a mené, ces derniers jours, une campagne visant à empêcher son maintien.
À la tête de ce camp figuraient l’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa, le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi et son parti les « Forces libanaises », engagés dans une offensive politique et médiatique pour bloquer tout dénouement permettant à l’Iran de préserver sa présence politique au Liban.
Or, au lieu de s’achever par l’expulsion de Chibani du pays, la bataille s’est conclue par un compromis qui le maintient à Beyrouth et fait échouer, en contrepartie, la tentative de transformer le dossier de son séjour en un affrontement direct avec Téhéran.
Selon les informations du quotidien Al-Akhbar, le directeur général de la Sûreté générale, le général Hassan Choucair, a mené une médiation politique ayant convaincu le président de la République, Joseph Aoun, d’adopter une formule évitant l’escalade de la tension avec l’Iran, sans pour autant restituer à Chibani son statut diplomatique antérieur.
Ces mêmes informations indiquent que cette démarche a également été coordonnée avec le président du Parlement, Nabih Berri, assurant ainsi la couverture politique nécessaire à la solution retenue.
Le résultat a été l’octroi à Chibani d’un titre de séjour de six mois sur le territoire libanais, après qu’il en a fait la demande auprès de la Sûreté générale muni de son passeport diplomatique iranien.
Le titre lui a été accordé sur la base des prérogatives légales conférées par le décret-loi n° 10188 du 18 juillet 1962, notamment son article 21, qui donne au directeur général de la Sûreté générale le pouvoir d’accorder des séjours de courtoisie, en plus d’une marge d’appréciation dans les cas particuliers.
Ainsi, deux questions qui faisaient l’objet d’un traitement politique comme s’il s’agissait d’une seule et même affaire ont été dissociées : la présence de Chibani au Liban et son statut diplomatique.
La première est désormais légalisée et fixée à six mois, tandis que la seconde a pris fin avec le terme de sa mission d’ambassadeur.
Pour autant, l’État libanais n’a pas pris la décision de l’expulser ni de faire de sa présence un motif de confrontation avec la République islamique. C’est là que réside la portée politique la plus marquante.
La campagne qui a précédé la décision entendait faire du cas Chibani un test de la disposition du pouvoir libanais à se montrer intransigeant envers l’Iran ; elle s’est accompagnée de prises de position et d’initiatives visant à fermer la voie à tout compromis.
Toutefois, la décision finale est allée dans la direction opposée : l’État libanais a préservé le cadre légal de la présence de l’intéressé tout en maintenant ouverte la porte du dialogue politique avec Téhéran.
Mais le plus important est que la question ne s’arrête pas à un simple séjour administratif de six mois.
Les informations indiquent en effet que Téhéran s’apprête à mettre à profit la présence de Chibani dans un nouveau rôle politique, en tant qu’émissaire spécialisé dans les affaires libanaises et syriennes.
L’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa, avait mené au cours de la période écoulée une nouvelle campagne contre l’ambassadeur Chibani, faisant valoir que le gouvernement libanais « semblait incapable d’expulser une personne non désirée au Liban, posant dès lors la question de savoir comment lui faire confiance pour contrôler une organisation armée ».
Issa avait soulevé ce dossier auprès de plusieurs responsables de l’État et s’était vanté des efforts de son pays pour « mettre fin à l’influence iranienne au Liban » lors de ses rencontres avec des figures politiques proches des États-Unis.
Il est à noter que l’ambassadeur Issa veille à passer son temps à assister à des galas artistiques dans plusieurs régions libanaises et à naviguer en mer à bord du yacht d’un député de Beyrouth, en plus de voyages touristiques à l’étranger en compagnie d’une animatrice d’émissions de divertissement.
Son activité politique se limite à accompagner les responsables américains lors de leurs visites au Liban, où il leur expose une position axée sur l’idée que le problème ne sera résolu qu’avec une décision opérationnelle désarmant le Hezbollah.
Issa présente également lors de ses réunions ce qu’il affirme être des informations documentées sur le rôle de l’ambassadeur iranien dans la conduite des activités politiques et militaires du Hezbollah.
Source : Médias
