samedi, 23/05/2026   
   Beyrouth 22:49

Expert : « Israël » frappe le Liban « sans ligne rouge » à défaut d’imposer sa « ligne jaune »

Raid israélien ce samedi soir sur un quartier résidentiel dans la localité al-Qotrani, dans la région de Jezzine

L’extension des raids meurtriers au-delà des régions frontalières dans lesquelles l’ennemi israélien dit vouloir établir « une zone tampon » reflète une tentative israélienne d’imposer une nouvelle équation de dissuasion par la pression du feu et la destruction généralisée. Elle s’est accélérée depuis que la résistance libanaise a repris ses opérations le 2 mars, après une suspension de 15 mois suite à l’accord de cessez-le-feu, pour laisser le champ libre à l’action diplomatique des autorités libanaises qui ont été incapables de le faire respecter par la partie israélienne.  

Ces derniers temps, l’armée ennemie israélienne a multiplié ses ordres d’évacuation à l’adresse des habitants. Elle en émet chaque jour un nouveau, visant une dizaine de villages, situés au nord du Litani, sous prétexte de frapper des sites du Hezbollah.

Elle bombarde de plus en plus de zones civiles avérées, détruisant de plus en plus de bâtiments résidentiels, traquant les secouristes parfois dans les rues, frappant les hôpitaux, dont récemment l’hôpital Hiram dans la ville de Tyr. Parfois ses raids atteignent la Békaa, à l’est du pays.

Selon l’expert militaire de la chaine qatarie al-Jazeera, le général de brigade Hassan Jouni, « les opérations israéliennes en cours n’ont pas de caractère militaire traditionnel » mais reposent davantage sur une politique de pression par la destruction systématique dans le cadre d’une « stratégie de mise à mort et de destruction ».

Evoquant les avertissements d’évacuation et le ciblage des maisons et quartiers résidentiels, Jouni y perçoit une tentative d’exercer une pression continue sur la base de soutien du Hezbollah, son environnement. Les récentes destructions généralisées à Tyr et dans d’autres villes reflètent clairement cette tendance, affirme-t-il.

« Israël tente d’imposer une nouvelle équation en liant la poursuite des attaques de drones du Hezbollah à la poursuite des opérations de destruction au Sud-Liban, dans le but de dissuader le parti de continuer à cibler des sites militaires israéliens », affirme Jouni.

Ses forces sont incessamment prises pour cible par les drones FPV aux fibres optiques, au sud du Liban, et parfois dans les colonies au nord de la Palestine occupée. Sans compter les opérations terrestres en face-à-face, aux armes légères et moyennes, comme dans l’axe de Hadatha, Rchaf, Deir Siryane, Zawtar, dans le secteur central de la frontière.

Ces embuscades au sol démontrent la capacité des éléments du Hezbollah à s’infiltrer profondément dans la zone qu’Israël décrit comme « une zone tampon » et parfois « la ligne jaune », comme dans la bande de Gaza, malgré la destruction de vastes portions de celle-ci, en conclut Jouni, expliquant que la nature de la géographie du sud, avec ses vallées et ses forêts, donne aux combattants libanais une marge de manœuvre.

 Selon lui, la stratégie israélienne de bombarder aveuglément les zones civiles est également liée à l’incapacité d’Israël à atteindre ses principaux objectifs déclarés depuis le début de l’escalade, intrinsèquement liés l’un à l’autre, à savoir le désarmement du Hezbollah et l’établissement d’une zone tampon stable au sud du Liban.

Autrement dit, à défaut de pouvoir imposer sa « ligne jaune », Israël veut imposer l’équation qu’il n’a pas de ligne rouge.  

Source : Médias