mercredi, 03/06/2026   
   Beyrouth 18:13

L’Iran, plus déterminé que jamais à soutenir le Liban : Téhéran dit adieu à l’ère de la « patience ».

Bien que les liens entre l’Iran et la résistance libanaise, notamment le Hezbollah, remontent à plus de quarante ans, ils ont pris une dimension plus concrète, significative et marquée ces deux dernières années et demie.

Aujourd’hui, les deux camps apparaissent plus que jamais inextricablement liés, leur survie respective étant intimement liée à celle de l’autre.

Depuis l’opération du 7 octobre 2013, la région est le théâtre d’une contre-offensive menée par Israël pour sortir de son impasse stratégique, remodeler l’ordre sécuritaire régional et asseoir sa domination, avec le soutien direct des États-Unis. Dans cette perspective, la confrontation avec « l’axe de la résistance » et toutes ses composantes, ainsi que la lutte pour « régler ses comptes » avec lui, revêtent un caractère crucial.

S’appuyant sur le soutien américain, Israël poursuit ainsi un objectif qui dépasse le simple affaiblissement de cet axe : il cherche à le détruire afin d’éliminer le principal obstacle à la consolidation de son hégémonie régionale. Cela signifie que toutes les guerres menées par les États-Unis et Israël, de Gaza au Liban, en passant par le Yémen, l’Irak et l’Iran, s’inscrivent dans un contexte unique, et non comme des conflits distincts. Cela signifie également que toutes les factions de la résistance, du Hezbollah au Liban à la République islamique d’Iran, sont confrontées à une menace existentielle commune, de sorte qu’aucune partie ne peut survivre ni sortir victorieuse de la guerre si elle ignore le sort des autres. En d’autres termes, l’unité et la coordination des composantes de la résistance dans la région ne sont plus une option, mais une nécessité absolue.

Dans cette perspective, l’Iran suit avec une attention sans précédent l’évolution de la situation au Liban. Il a inclus un cessez-le-feu dans ce conflit lors de ses négociations avec les États-Unis. L’Iran perçoit tout recul ou toute clémence de la part du Liban comme un prélude à une nouvelle guerre le visant également. Dans ce contexte, les récents avertissements lancés par des responsables iraniens concernant l’intensification de l’agression israélienne contre le Liban, qu’ils ont qualifiée de violation de l’accord de cessez-le-feu entre Téhéran et Washington, sont significatifs.

La Commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien a tenu hier une réunion consacrée à l’examen de la situation au Liban. Le président de la commission, Ebrahim Rezaei, a déclaré que le vice-ministre iranien des Affaires étrangères chargé des affaires politiques, Majid Takht-Ravanchi, présent à la réunion, a souligné que « le Liban doit avoir une position claire dans tout accord final et que cette position fait partie intégrante du cessez-le-feu ».

Rezaei a ajouté que « M. Ravanchi a présenté à la commission un rapport sur la situation sur le terrain au Liban, tandis que des représentants du ministère de la Sécurité ont présenté les dernières données relatives à la situation sécuritaire dans le pays ». Il a souligné le « soutien décisif exprimé par les membres du comité à la résistance au Liban », ajoutant qu’ils avaient appelé à « traiter avec fermeté et détermination » les crimes de l’entité israélienne au Liban. Selon lui, ils ont également insisté sur la nécessité d’utiliser « tous les outils et moyens disponibles » pour soutenir la résistance, ainsi que sur l’importance d’intégrer les efforts visant à la renforcer tant de l’intérieur qu’au niveau du front de la résistance.

De même, l’évolution de la situation au Liban occupe une place centrale dans l’agenda des cercles politiques et médiatiques iraniens. L’idée que l’Iran doit apporter un soutien actif et concret à la résistance libanaise face à l’agression israélienne est prédominante, et qu’une approche prudente pourrait nuire à l’Iran et à l’ensemble de l’« axe de la résistance ». Dans ce contexte, Karamollah Moshtaqi, ancien diplomate iranien à Beyrouth, a affirmé que « l’Iran ne reculera en aucun cas au Liban », soulignant que « la question ne doit pas se réduire à l’arrêt de la guerre au Liban ; le véritable enjeu est le retrait d’Israël des territoires occupés du sud ».

Dans un entretien accordé au journal Farhikhtegan, Moshtaqi a déclaré que « la question libanaise n’est plus seulement une question de sécurité, politique ou sociale ; pour l’Iran, c’est une question idéologique liée à la dignité et à l’honneur ». Même si nous avions une centaine de problèmes avec les Américains, et que 99 d’entre eux étaient résolus – ce qui est fort improbable –, et que seule la question du Liban subsistait, l’Iran n’accepterait aucun accord avec les Américains à cause de ce seul point.

Il a insisté sur la nécessité pour l’Iran de fixer un ultimatum définitif et une date butoir à Israël, ajoutant qu’une simple cessation des hostilités est insuffisante. L’Iran doit clairement indiquer que, pour lui, la question libanaise ne se résume pas à la fin de la guerre, mais exige le retrait de l’entité sioniste des territoires qu’elle a occupés, notamment lors du dernier conflit.

Dans le même esprit, Mohammad Sadegh Koushki, professeur de sciences politiques à l’université de Téhéran, a affirmé que « se contenter d’exprimer son inquiétude face aux violations du cessez-le-feu par les États-Unis et Israël ne suffit plus, et que l’Iran doit apporter une réponse plus concrète et sérieuse, notamment sur le front libanais ».

Dans un article publié dans le journal Jam-e Jam, affilié à la chaîne de télévision publique iranienne, Koushki a écrit que « l’analyse des événements qui ont suivi le cessez-le-feu révèle qu’il s’agissait en réalité d’un cessez-le-feu unilatéral. Alors que l’Iran le respectait, l’entité sioniste, dès le lendemain de son annonce, a démontré qu’elle ne s’y sentait pas liée et a lancé des opérations intensives visant à anéantir le Hezbollah et à transformer le Liban en un nouveau Gaza. »

Il a ajouté : « Si nous nous contentons d’exprimer notre inquiétude et si nous ne prenons pas de mesures de dissuasion claires et précises, le pays sera confronté à des menaces plus graves dans un avenir proche. Si le Hezbollah est fortement affaibli ou éliminé, attaquer l’Iran deviendra beaucoup plus facile et les opérations de représailles iraniennes contre les sionistes seront grandement compromises. »

Les militaires bien informés savent pertinemment que les opérations du Hezbollah durant les 39 premiers jours du conflit ont constitué un complément réel et efficace aux capacités de combat de la République islamique, ce qui souligne d’autant plus l’importance de préserver cet atout stratégique.

Par Mohammad Khajawi

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar