À peine le président de la République Joseph Aoun avait-il achevé sa mise au point, affirmant que son appel à « mettre fin à l’état d’hostilité » avec ‘Israël’ ne signifiait rien de plus que l’arrêt des guerres, que les déclarations venues de Washington et de Tel-Aviv ont soumis cette explication à un test politique direct.
L’ancien ambassadeur américain au Liban, David Hale, qui s’est entretenu avec Aoun à Baabda, a fait part de son impression quant à une disposition libanaise à aller plus loin que les arrangements sécuritaires, jusqu’à « la paix et l’établissement de relations complètes avec Israël ».
Dans la foulée, le président israélien Isaac Herzog a publiquement proposé la tenue d’une rencontre tripartite le réunissant avec les présidents libanais et chypriote. Entre la déclaration présidentielle libanaise, la caractérisation américaine et la proposition israélienne, la question se fait plus précise : les trois parties parlent-elles de la même voie, chacune le présentant dans son propre langage ?
Hale, qui a rencontré Aoun, ne s’est pas limité à évoquer des arrangements sécuritaires ou l’application de l’accord-cadre.
Il a affirmé que son impression était qu’Aoun et son entourage étaient engagés à clore le dossier des armes du Hezbollah, et que les mutations militaires dans la région avaient créé une opportunité pour l’État libanais de consacrer le monopole de l’armée sur les armes et les décisions sécuritaires.
L’ancien ambassadeur américain au Liban est allé encore plus loin en évoquant un « désir », décelé lors de son entretien avec le président de la République, d’« avancer plus rapidement vers la paix et l’établissement de relations totales avec Israël ».
Si la « fin de l’hostilité » se limite, comme le soutient le président, à l’arrêt des guerres, pourquoi un ancien responsable américain vient-il déclarer, à la sortie de son entretien avec lui, qu’il s’agit d’une transition dépassant les simples arrangements sécuritaires pour aller vers la paix et des relations complètes ? Si cette interprétation est erronée ou ambiguë, le problème vient-il de Hale, ou bien des messages issus du palais de Baabda et de l’absence de tout démenti ou clarification de la présidence ?
Mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Le président de l’entité sioniste, Isaac Herzog, a formulé une proposition plus explicite encore en évoquant, depuis Chypre, son « rêve » d’organiser une réunion avec les présidents libanais et chypriote. L’enjeu est ainsi passé de fuites et d’impressions diplomatiques à une proposition américo-israélienne publique visant à établir un contact direct au niveau des chefs d’État.
Certes, il n’existe aucune position officielle libanaise acceptant cette rencontre, mais le simple fait qu’Israël la propose publiquement révèle que les discussions ne portaient pas uniquement sur le cessez-le-feu ou les dispositions au Sud. Ce que des sources officielles libanaises avaient d’ailleurs déjà laissé entendre après des visites à Washington et à Paris.
Cette opération de relations publiques a coïncidé avec des communiqués officiels américains affirmant que « les décisions de guerre et de paix doivent être entre les mains exclusives de l’État libanais, que le Sud n’appartient à aucune faction régionale ni milice, et que l’armée libanaise doit être la seule détentrice du pouvoir sécuritaire ».
Une position qui place le pouvoir face à l’exigence de prouver que ce qu’il avance sur la « souveraineté n’est pas un simple slogan, et que le monopole des armes par l’État n’est pas un titre politique à usage interne, mais un processus réel ayant ses coûts et ses répercussions ».
L’affaire ne se limite pas à la partie américaine, puisqu’il est apparu à des milieux politiques et officiels que la récente décision de la Ligue arabe — comprenant une condamnation publique du Hezbollah et faisant porter à la Résistance la responsabilité de la guerre avec ‘Israël’ — a fait l’objet d’un travail acharné mené par l’Arabie saoudite en collaboration avec les États-Unis, et coordonné sur le plan local avec le président Aoun lui-même, bien que la mise en scène ait été assurée par « les Forces Libanaises », représentées par le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi.
Après la publication de la décision lors de la réunion du Caire, le président Nabih Berri a interpellé le président de la République sur la question, lui signifiant que ce qui se passait constituait une escalade contre le Hezbollah et n’aidait pas à ouvrir le dialogue.
Aoun a répondu qu’il n’en savait rien et que toute l’affaire relevait de la responsabilité du ministre des Affaires étrangères.
Une attitude différente de celle du président du Gouvernement Nawaf Salam, qui a réitéré les propos du ministre des Affaires étrangères selon lesquels le mémorandum soumis à la réunion de la Ligue arabe ne faisait qu’appliquer les décisions du gouvernement considérant la Résistance comme une organisation hors-la-loi et responsable de ce qui se passe dans le Sud.
Une source diplomatique a indiqué que le véritable objectif des décisions de la Ligue arabe est de fournir une couverture de « légitimité arabe » aux actions du pouvoir au Liban, que ce soit concernant les négociations directes avec ‘Israël’ ou la position vis-à-vis de la Résistance et du Hezbollah.
Sur le terrain, les habitants du Sud ont ressenti, jeudi soir, une forte secousse terrestre, mesurée à 4 sur l’échelle de Richter, provoquée par l’utilisation par l’ennemi israélien de 1 100 tonnes d’explosifs sous prétexte de détruire des tunnels de la Résistance dans les collines d’Ali al-Tahir.
L’ennemi a également procédé à un dynamitage dans la localité de Khiam ainsi que dans les localités de Mansouri et Bani Hayyan.
Les avions israéliens ont aussi mené des raids contre le village de Mansouri, la vallée de Zibqine ainsi que sur la zone située entre Hariss et Haddatha.
Source : Médias
