vendredi, 11/09/2026   
   Beyrouth 07:46

Inquiétude israélienne face à l’interconnexion des fronts d’Ormuz et de Bab al-Mandeb

Avec la prise de contrôle par Ansarullah de l’ensemble du littoral occidental du Yémen, ainsi que des îles stratégiques adjacentes, et leur mainmise sur le détroit de Bab al-Mandeb, la voie s’ouvre à un transfert potentiel de la pression exercée sur les États-Unis et leurs alliés depuis le détroit d’Ormuz vers le réseau de voies maritimes et de ports sur lesquels ils comptaient pour atténuer les effets des perturbations.

Cette perspective suscite l’inquiétude d’Israël, qui redoute que la pression exercée sur l’Iran ne se transforme en un facteur d’élargissement de l’affrontement et d’épuisement des ressources de protection de la navigation sur plusieurs théâtres, au lieu de rester cantonnée au Golfe.

Dès lors, on comprend le haut niveau d’intérêt de Tel-Aviv pour la progression d’Ansarullah, y voyant le signe d’une capacité accrue des alliés de Téhéran à peser sur le coût de la guerre et ses orientations.

Les évolutions du terrain sur le Littoral Ouest ont suscité une vive attention en ‘Israël’. Le journal hébreu Maariv a rapporté que les services de renseignement israéliens suivent de près les mouvements d’Ansarullah, craignant que la prise de Mokha ne permette à « ce mouvement d’accroître sa capacité d’action à l’encontre des pétroliers et navires se dirigeant vers la mer Rouge ».

De même, certaines évaluations israéliennes ont avancé que la progression des forces de Sanaa sur la côte « pourrait nécessiter une intensification de l’activité navale israélienne aux abords de Bab al-Mandeb », tandis que d’autres ont averti que la consolidation du contrôle d’Ansarullah sur le détroit renforce sa capacité à perturber la navigation à destination de l’Arabie saoudite, du canal de Suez et du port d’Eilat.

Il en ressort, dans les analyses israéliennes, un lien de plus en plus étroit entre les deux fronts des détroits d’Ormuz et de Bab al-Mandeb.

L’analyste israélien Doron Peskin estime en effet que « la pression sur la navigation en mer Rouge menace la voie sur laquelle compte l’Arabie saoudite pour contourner les perturbations du transport maritime via le détroit d’Ormuz, d’autant que les exportations de pétrole depuis le port de Yanbu sur la mer Rouge ont augmenté ».

Les données de suivi des navires avaient montré que le trafic à Ormuz a chuté ces derniers mois, tandis que Bab al-Mandeb demeurait un axe fondamental pour le transit des navires marchands ; ce paramètre fera désormais l’objet d’une surveillance étroite après la prise de contrôle effective du détroit par les forces de Sanaa.

Pour que cette menace produise ses effets, il n’est pas nécessaire, selon la lecture israélienne, de fermer totalement Bab al-Mandeb : la simple hausse des risques de passage suffit à renchérir les coûts d’assurance et de protection, incitant davantage de navires à faire le détour par l’Afrique, ce qui rallonge les temps de trajet et pèse sur les capacités de transport disponibles.

Néanmoins, une analyse publiée par l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) et rédigée par le chercheur Yoel Guzansky advance que « l’exposition du Royaume à des pressions simultanées venant de l’Iran, des Houthis et des groupes pro-iraniens en Irak offre l’opportunité d’une coopération sécuritaire discrète entre Israël et l’Arabie saoudite, fondée sur le renseignement, l’alerte précoce et la défense contre les missiles et les drones ».

Il met toutefois en garde contre la tentation d’utiliser les besoins sécuritaires de Riyad comme « un moyen de pression pour une normalisation publique », estimant que le coût politique d’une telle démarche, en particulier face aux revendications liées à la question palestinienne, reste entier.

Source : Médias