Par Rachid al-Haddad
La ville stratégique de Mokha, située sur la côte occidentale du Yémen, est tombée entre les mains des forces de Sanaa avec l’ensemble du littoral, plaçant le détroit de Bab al-Mandeb sous leur contrôle direct.
Ce basculement offre aux forces de résistance yéménite Ansarullah une capacité de contrôle accrue sur la navigation dans l’une des voies maritimes les plus cruciales au monde, avec des répercussions majeures sur le commerce international, et plus particulièrement sur les approvisionnements pétroliers.
Le président du « Conseil présidentiel » aligné sur l’Arabie saoudite, Rashad al-Alimi, est apparu conscient de la gravité de ces évolutions en affirmant que la perte de Mokha et du détroit « n’est pas une affaire exclusivement yéménite », appelant implicitement à une intervention extérieure pour reprendre le contrôle des zones perdues par les forces anti-Sanaa.
Jeudi, Ansarullah est parvenue à trancher définitivement la bataille du Littoral Ouest en imposant son contrôle total sur les fronts de Al-Jarahi, Hays et Khawkha au sud de Hodeïda, parallèlement à une avancée simultanée dans les districts de Mawzaa et Dhubab, limitrophes du détroit de Bab al-Mandeb.
Malgré une série de raids menés par l’aviation militaire saoudienne sur leurs positions, les forces de Sanaa ont progressé vers l’axe routier côtier reliant Aden, Lahij et Mokha et s’en sont emparées, coupant ainsi l’ensemble des lignes de ravitaillement vers Mokha, fief des factions dirigées par Tariq Saleh.
Un effondrement des factions soutenues par l’Arabie saoudite a également été enregistré sur les différents fronts du sud de Hodeïda, permettant pour la première fois à Ansarullah d’avancer vers les villes de Hays et Khawkha et d’en prendre le contrôle, avant de progresser vers la ville de Yaktul à l’est de Mokha.
Après avoir resserré le siège autour de cette dernière depuis plusieurs directions, les forces de Sanaa ont finalement donné l’assaut sur la ville et pris le contrôle total des infrastructures gouvernementales.
Cependant afin de dissiper les inquiétudes internationales quant aux conséquences du contrôle du détroit de Bab al-Mandeb et des îles de la mer Rouge, le président du Conseil politique suprême à Sanaa, Mahdi al-Mashat, s’est adressé à la communauté internationale : « Nous vous rassurons : nos forces armées sont disciplinées et il n’y a aucune source de danger pour la sécurité de la navigation, si ce n’est les agissements irresponsables de l’ennemi saoudien ». Il a dans ce contexte appelé chacun à « faire pression sur l’ennemi saoudien pour qu’il cesse ces agissements, mette fin au blocus et arrête l’agression contre le Yémen ».
De son côté, le « Centre de coordination des opérations humanitaires » à Sanaa a confirmé dans un communiqué que « le transit des navires s’effectue de manière normale et fluide, sans entraves opérationnelles », précisant que « cette sécurité s’applique à tous les navires marchands et pétroliers du commerce international appartenant à l’ensemble des pays, à l’exception des navires saoudiens auxquels Sanaa impose un embargo ».
Sur fond de vastes célébrations populaires à Sanaa et dans les gouvernorats sous le contrôle d’Ansarullah, le Conseil suprême a décrété une amnistie générale pour quiconque dépose les armes.
Dans la foulée, les autorités locales ont entamé la mise en œuvre de cette décision, à laquelle des centaines de combattants ont déjà répondu.
Parallèlement, le gouvernement de Sanaa a entrepris la normalisation de la situation dans les villes passées sous le contrôle de ses forces. Des sources locales à Taëz ont confirmé que l’autorité locale avait réouvert la route principale reliant Taëz à Hodeïda pour la première fois depuis sa fermeture il y a dix ans.
Les observateurs estiment que le contrôle pris par les forces de Sanaa sur les villes du Littoral Ouest et leurs ports — qui s’étendent des côtes de Khawkha au sud de Hodeïda jusqu’aux côtes de Dhubab à l’est de Mokha — leur permet d’exercer une surveillance directe sur le trafic maritime, alors qu’elles n’en exerçaient qu’une supervision indirecte avant la chute de Mokha et Dhubab.
Cela leur donne la possibilité de tracer avec une haute précision les navires se dirigeant vers les ports saoudiens, dans le cadre du maintien de l’équation « blocus contre blocus ».
Alors que la partie saoudienne a fait état d’attaques yéménites intenses ayant visé trois régions du sud du Royaume en l’espace de 24 heures, le porte-parole des forces de Sanaa, le général de brigade Yahya Saree, a indiqué jeudi soir que l’aviation militaire saoudienne avait mené 64 raids aériens au cours de la même période, répartis sur les gouvernorats de Taëz, Hodeïda, Marib et Al-Jawf.
Il a précisé que des appareils ennemis de type F-15 et Typhoon avaient décollé de la base Roi Fahd à Taïf et de la base Roi Khaled à Khamis Mushait et dans le sud du Royaume, affirmant que ses forces avaient réussi à intercepter une formation de combat dans le gouvernorat de Taëz et à la contraindre à quitter l’espace aérien en la ciblant au moyen de plusieurs missiles sol-air de fabrication locale.
Source : Médias
