Par Mayssam Rizk
Le pays a vécu des heures tendues, alors que les regards étaient braqués sur ce qui était censé être la date du lancement d’un cessez-le-feu global, coïncidant avec le début de la nouvelle trêve de 45 jours.
Cela s’inscrit dans le cadre du second cycle de négociations directes qui s’est déroulé à Washington entre des représentants du pouvoir de tutelle à Beyrouth et des représentants de l’entité d’occupation.
Cette trêve, qualifiée de tentative pour mettre fin à l’escalade continue, a été conçue sur la base de calculs minutieux de chaque partie, malgré l’absence de tout indicateur clair quant à la sévérité d’un engagement total à la respecter.
Les données disponibles ont montré qu’Israël n’a pas l’intention d’accorder au Hezbollah la moindre opportunité de repositionner ses forces ou de renforcer son arsenal avant que la trajectoire des négociations ne se clarifie de manière définitive, par crainte que le Parti ne renforce sa présence sur le champ de bataille et ne gagne davantage de cartes dans les négociations.
Il est apparu que l’objectif des parties américaine et israélienne, en prolongeant la trêve à 45 jours – après que la première a duré dix jours et la seconde trois semaines –, était de gagner du temps et d’attendre la position finale de l’Iran, ce qui déterminera l’avenir du Hezbollah et de son arme au Liban.
En pratique, la ruse n’a trompé personne au Liban. Il était évident, dès les premiers instants, que le cessez-le-feu global promu par le président Joseph Aoun ne concernait pas uniquement des engagements réciproques entre ‘Israël’ et le Hezbollah, mais relevait des manœuvres de l’État libanais.
Cela a fait des récentes fuites concernant la proposition un outil politique précis, visant à dépeindre le Hezbollah comme le bloqueur de tout apaisement, au moment même où l’ennemi refuse tout accord qui accorderait à l’État libanais de véritables cartes de négociation, et maintient également la pression militaire comme une option stratégique constante.
Il est devenu clair, après l’identification de la source des fuites ces deux derniers jours, qu’un conseiller politique à la présidence de la République a demandé à une journaliste de divulguer l’information localement, pour ensuite la diffuser auprès des médias locaux et arabes connus pour leur position hostile à la Résistance.
L’objectif était que tout le monde atteigne minuit, l’heure fixée pour la stabilisation de la trêve, afin d’embarrasser le Hezbollah et de le faire apparaître, en premier lieu devant sa propre base, comme celui qui sabote toutes les tentatives du pouvoir pour mettre fin à la guerre, et qui insiste pour la poursuivre au profit de l’Iran.
D’après les données disponibles, il s’est avéré que le Hezbollah a rapidement pris conscience de la manœuvre. C’est pourquoi aucune réponse officielle n’a été émise par le Hezbollah concernant les propositions avancées, et il a demandé à la Résistance de poursuivre les opérations militaires, conscient que toute réponse pourrait être exploitée politiquement et médiatiquement contre lui par la suite.
Avec le temps, il est apparu aux yeux de tous que rien n’avait changé pour le Hezbollah, et que la priorité n’était pas un simple cessez-le-feu, mais la fin de l’occupation israélienne dans le Sud ainsi que l’arrêt des tueries et des destructions, rendant tout apaisement partiel inutile tant que les forces israéliennes poursuivent leurs opérations sur le terrain.
Cependant, le plus important réside dans ce qui s’est révélé au cours des dernières 24 heures : les fuites ne reflétaient aucune entente ou accord avec l’ennemi.
Le journal The Jerusalem Post a exprimé la position de Tel-Aviv en estimant que « le cessez-le-feu est une pure fiction, mais ce n’est en aucun cas une fiction inoffensive, car elle lie les mains d’Israël ».
Et ce qui s’est produit depuis la tenue des sessions de Washington montre clairement que le pouvoir de l’occupation américaine au Liban cherche à exploiter le cessez-le-feu comme une porte d’entrée pour des négociations sur d’autres dossiers, tandis qu’Israël s’emploie à formuler tout accord de manière à lui octroyer le droit de riposte militaire et à séparer les dossiers du Hezbollah dans une voie indépendante sous supervision américaine.
Cela crée une réalité déséquilibrée et fait de tout apaisement une simple démarche formelle qui ne touche pas à l’essence du contrôle israélien sur le terrain, comme l’a démontré la réalité du flanc militaire hier.
Quant au grand scandale, il a résidé dans le silence qui s’est soudainement abattu sur le palais présidentiel, et le refus des conseillers et des proches d’Aoun de commenter ce qui s’est passé, se contentant de déclarer : « Nous attendions une annonce officielle du Hezbollah concernant le cessez-le-feu ».
Il convient de noter qu’Aoun, qui a évoqué trois tentatives pour parvenir à un cessez-le-feu, avait informé le président Nabih Berri de la teneur des développements en cours, lui demandant d’obtenir une réponse officielle du Hezbollah.
Lorsque Aoun a entendu de la bouche de Berri que la Résistance n’était pas opposée à un cessez-le-feu, Aoun s’est ravisé et a demandé que le Hezbollah publie un communiqué annonçant son engagement en faveur du cessez-le-feu à partir de minuit dans la nuit de dimanche à lundi.
Mais Berri a rétorqué à Aoun, à sa manière : « L’important, d’abord, est que tu obtiennes une décision américaine garantissant l’engagement d’Israël à un cessez-le-feu global et total ».
Cela signifie l’absence de tout type d’opérations militaires, que ce soit au Sud ou en dehors, y compris l’arrêt de toutes les formes de ciblages et d’opérations de sécurité. Cette démarche doit s’accompagner d’une garantie américaine de réaliser le retrait israélien des territoires occupés, selon un mécanisme qui préserve les intérêts du Liban.
Aoun a compris par la suite, de la bouche de Berri, que le Parti n’était pas d’avis de répondre au message, et qu’il n’était concerné que par une seule chose : l’arrêt total de la guerre, ce qui signifie un cessez-le-feu tel que la situation l’était avant le 7 octobre 2023, la réalisation d’un retrait global des forces d’occupation dans un délai très court, puis la libération des prisonniers et détenus libanais.
Une fois ces éléments accomplis, l’examen de tous les autres dossiers pourra commencer.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
