mardi, 19/05/2026   
   Beyrouth 09:05

Ils négocient sans mandat et s’appuient sur l’ennemi contre les Libanais | Raad : Le cap du pouvoir menace le pays de catastrophes

Par Mohammad Raad*

La vérité, confirmée par les cycles de négociations directes entre le Liban et l’ennemi, est que l’équipe au pouvoir a pratiquement adopté le récit de l’occupation contre la Résistance. Sur cette base, elle a commencé à réorganiser la situation politique interne en partant du principe que les Libanais acceptent de coexister avec l’occupation, en échange de l’aide de cette dernière à leur pouvoir pour imposer l’exclusivité des armes aux mains de l’État.

Selon le récit présenté par l’équipe au pouvoir, le problème fondamental réside dans le fait que la Résistance refuse de se rendre à l’ennemi et n’acceptera pas la proposition du pouvoir concernant « l’exclusivité des armes » sous l’occupation.

Dès lors, le pouvoir n’a d’autre choix, pour s’attirer les faveurs américaines, la sympathie européenne et acter la défaite régionale, que de tendre la main à l’ennemi pour lui serrer la main et ouvrir la voie à des négociations directes avec lui, afin de liquider la Résistance au profit de l’occupation.

Cela implique également de reporter la question du cessez-le-feu et du retrait israélien des territoires libanais occupés jusqu’à l’accomplissement de cette mission, dont la priorité d’exécution réunit les négociateurs libanais et israéliens, sous le témoignage et le parrainage du « médiateur » américain.

La logique du pouvoir ne semble pas découler d’une ignorance des issues de la voie qu’il emprunte, mais plutôt d’une conviction ancrée, ainsi que d’un engagement politique, selon lesquels cette option constitue, à ses yeux, la voie de sauvetage du pays face à la guerre et à l’effondrement, quitte à ce que cela se fasse aux dépens de la souveraineté et de la dignité.

En contrepartie, la logique de la Résistance exprime fondamentalement le droit des Libanais à la souveraineté de leur patrie et le rejet de l’occupation de leur terre, quelle que soit l’étendue de la zone contrôlée.

Elle affirme que le pays, depuis l’armistice de 1949, est en état d’hostilité avec l’entité sioniste qui n’a jamais caché ses ambitions au Liban, ce que confirment les invasions, les guerres et les agressions répétées. Rien n’a d’ailleurs servi à son retrait de notre terre si ce n’est la confrontation et la résistance, alors que les efforts internationaux, lors de toutes les étapes précédentes, n’ont jamais réussi à arracher les droits libanais.

La logique de la Résistance confirme que la soumission à l’ennemi et l’acceptation de ses conditions l’incitent à l’expansion, à l’intimidation, à la tyrannie et à la poursuite des guerres et des invasions chaque fois qu’il le peut et que les circonstances politiques le lui permettent.

En revanche, lorsqu’il acquiert la certitude que son occupation fait face à une résistance tenace, même à long terme et coûteuse, il évitera à coup sûr de prendre les agressions à la légère.

À l’inverse, s’il perçoit une défaite chez la partie adverse, une faiblesse ou un penchant pour les compromis au détriment de sa souveraineté et des intérêts de son peuple, il se ruerat vers le doublement des pressions dans toutes les directions pour imposer la capitulation et la soumission à ses conditions et objectifs.

Le monde entier témoigne et reconnaît que la Résistance s’est pleinement conformée à l’accord de cessez-le-feu proclamé le 27/11/2024, et s’en est remise au pouvoir libanais qui a assumé la responsabilité de mener à bien la mise en œuvre de l’accord, le déploiement de la souveraineté, l’évacuation de l’occupant, la récupération des prisonniers, le retour des habitants dans leurs villages et le lancement du chantier de reconstruction.

Mais dès que l’Israélien a senti que le pouvoir libanais avait pris l’initiative d’adopter la décision du 5 août pour mettre en œuvre l’exclusivité des armes, il a commencé à accentuer ses agressions et à exiger de l’État libanais l’exécution de cette décision d’abord, avant tout cessez-le-feu.

Depuis lors, le pouvoir s’enfonce sur une pente descendante, étape par étape, jusqu’au dénouement des dernières négociations directes auxquelles il s’est plié, sans aucun mandat pactuel ni constitutionnel.

Le pays se trouve aujourd’hui à un carrefour dangereux qui présage de grandes catastrophes, dont la responsabilité de tout ce qui en découlera incombera à ce pouvoir, grisé par les applaudissements reçus de la part de tous les ennemis et adversaires de la logique souverainiste et indépendantiste réelle, noble et honorable au Liban.

Les Libanais ont le droit de savoir vers quoi le pouvoir les entraîne aujourd’hui, et ils ont également le droit de réaliser que tous les sacrifices sur la voie de la résistance sont dérisoires face aux catastrophes qui attendent le pays si le pouvoir persiste dans sa voie de soumission et de capitulation face aux demandes de l’ennemi et à ses conditions.

En conclusion, les Libanais ont le droit de savoir que le fait pour le pouvoir de s’appuyer sur l’occupation pour désarmer les résistants, alors même que l’ennemi se livre à la tyrannie dans son agression contre le Liban, est un crime terrible contre la patrie et les citoyens.

Notre responsabilité, au sein de la ligne de la Résistance, est de montrer aux Libanais ce que nous croyons être la voie la plus droite et la plus efficace pour repousser l’agression sioniste.

Nous et notre peuple honorable, patient et sacrifié, faisons front contre l’occupation israélienne sauvage, pour défendre notre existence, notre patrie et tous les Libanais soucieux de la souveraineté et de la dignité nationale. Nous endurons le don du sang, le déplacement et les blessures, et nous patientons et tenons bon afin de préserver notre existence, notre liberté et la souveraineté de notre pays.

Quiconque nous soutient et nous appuie, nous lui adressons nos remerciements, qu’il soit iranien, arabe ou étranger. Nous n’acceptons aucune condition et ne faisons passer les intérêts de quiconque au monde avant les intérêts de notre peuple et de notre pays.

Quant à celui qui ne nous comprend pas et se laisse entraîner par la désinformation hostile et l’incitation contre nous, nous veillons à nous adresser à lui de manière à ce qu’il nous entende un minimum, même s’il n’est pas convaincu par ce que nous disons.

Enfin, quiconque soutient notre ennemi, incite contre notre pays et ses intérêts, et fournit des services au projet d’agression sioniste criminel, nous appelons à lui demander des comptes conformément à la loi, et nous affirmons que la voie des concessions est vouée à la déception et à l’échec.

À nos chers et dévoués citoyens libanais, ainsi qu’à nos frères arabes et musulmans partout dans le monde, nous disons en toute sincérité, fraternité et bienveillance : « Quiconque nous accepte par acceptation de la Vérité, Dieu est le plus digne de la Vérité ; et quiconque nous rejette, nous patienterons jusqu’à ce que Dieu juge entre nous et le peuple des injustes ».

* Président du bloc de la Fidélité à la Résistance

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar