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Téhéran fait ses adieux au bâtisseur de l’État : comment Sayed Khamenei a empêché l’effondrement de l’Iran

Le cortège funèbre du Leader martyr de la Révolution islamique, l'Ayatollah Seyyed Ali Khamenei à Téhéran, le 6 juillet 2026. ©Khamenei.ir

Par Mohammad Khawajoui

Téhéran est aujourd’hui le théâtre de funérailles populaires massives pour la dépouille du défunt Guide iranien, le martyr Sayed Ali Khamenei, qui a laissé une empreinte profonde dans l’histoire de l’Iran et de la région tout au long de ses plus de 36 ans de règne. Il sera inscrit dans la biographie politique du dirigeant martyr qu’il fut l’un des rares leaders de l’histoire contemporaine à avoir été assassiné lors d’une attaque extérieure alors qu’il se trouvait au faîte de son pouvoir. Cela ajoute une dimension symbolique aux facettes de sa personnalité, devenue un emblème de résilience et de refus de la capitulation face aux adversaires, même au prix de sa propre vie.

L’héritage que laisse l’Ayatollah Khamenei dépasse le moment présent des funérailles ; il s’agit d’une empreinte politique, stratégique et institutionnel qui a redessiné les contours de l’Iran et de la région.

Ici, il convient de revenir au tournant de l’année 1989, lorsque l’homme a pris les rênes du pouvoir après une décennie de révolution, dans des conditions extrêmement complexes. L’Iran sortait alors tout juste d’une guerre d’usure de huit ans avec l’Irak et faisait face à des défis colossaux pour reconstruire ses infrastructures militaires et économiques.

Face à ces défis, Sayed Khamenei a orchestré la transition de « l’esprit révolutionnaire » vers la phase d’institutionnalisation de l’État et de consolidation des piliers du pouvoir, fondant ainsi un système institutionnel fort qui a façonné le visage de l’Iran moderne.

Dès lors, son leadership ne fut pas une simple continuation de la voie de l’Imam Khomeini, mais représenta une ingénierie politique globale visant à transformer l’idéologie de la révolution en un système étatique durable.

Il a réussi à transposer le concept de « Velayat-e Faqih » (la tutelle du jurisconsulte) de son espace théorique et spirituel vers un cadre institutionnel, légal et administratif intégré. Cela a permis l’émergence d’un État-nation doté de structures solides et d’infrastructures politiques imperméables à la décomposition.

Cette transition radicale vers l’institutionnalisation explique l’échec de toutes les prédictions occidentales qui auguraient l’effondrement du régime iranien.

Aujourd’hui, et malgré les assassinats ayant ciblé de hauts dirigeants et des chefs militaires durant la dernière guerre, la structure du pouvoir n’a subi aucun effondrement.

Grâce à la vision de Sayed Khamenei, la République islamique n’est plus un système reposant sur le charisme d’un individu, mais un régime capable de fonctionner et de perdurer dans la vie politique, même en l’absence du sommet de la pyramide.

Sur le plan stratégique, le pari sur « l’indépendance militaire » a constitué le second pilier du projet de Khamenei. Partant de la conviction que la faiblesse militaire et la dépendance vis-à-vis de l’étranger sont la brèche par laquelle les régimes sont attaqués, le défunt dirigeant a orienté des investissements massifs vers l’industrie de défense autonome, notamment dans les domaines des missiles et des drones – des capacités qui ont prouvé leur efficacité lors des guerres récentes.

Dans ce cadre, le « Corps des Gardiens de la révolution » s’est métamorphosé sous sa direction, passant d’une force paramilitaire à caractère idéologique à une organisation stratégique globale dotée de dimensions militaires, de renseignement et économiques, devenant ainsi le bras exécutif le plus puissant des grandes politiques dans les équations locales et régionales.

Les frontières géographiques de l’Iran n’ont jamais été l’horizon ultime de la vision de Sayed Khamenei.

La part la plus importante de son héritage se manifeste dans la réingénierie des équations régionales à travers la formulation de ce que l’on appelle aujourd’hui « l’Axe de la Résistance ». Avant son ère, les mouvements de résistance au Liban, en Palestine et ailleurs opéraient sur des îlots isolés, dépourvus de coordination stratégique. Mais sous son impulsion doctrinale et son soutien total, ces mouvements se sont transformés en un réseau géopolitique, militaire et idéologique intégré, s’étendant de la mer Méditerranée à la mer Rouge, et de l’Irak au Yémen.

Ce réseau a également réussi à renforcer ses capacités de dissuasion et à changer les règles de la sécurité régionale, contraignant les adversaires régionaux et internationaux à recalculer le coût de leurs aventures.

De plus, la philosophie de Sayed Khamenei reposait sur la doctrine de « l’indépendance stratégique » : il considérait que toute dépendance envers des puissances extérieures pour assurer la sécurité et le développement n’était pas une solution, mais un « piège stratégique » conduisant inévitablement à la perte de la souveraineté et de la dignité nationale.

Au cœur de cette vision, la défense de la cause palestinienne est restée une « ligne rouge » et une priorité absolue. Sayed Khamenei a répété à maintes reprises que tout compromis avec l’entité israélienne ne mettrait pas fin aux crises, mais aggraverait l’instabilité et ouvrirait la voie à l’infiltration des puissances étrangères au cœur du monde islamique.

Malgré les coûts exorbitants imposés par la guerre de Gaza et les conflits au Liban au cours des années 2024 et 2025, les positions du défunt Guide sont restées intangibles.

Vers la fin de sa vie, il a qualifié les forces de la résistance de symboles de la résilience, affirmant que leur capacité à faire face aux frappes directes sans fléchir était la véritable clé de la victoire finale.

Parallèlement à ce qui précède, la vision de Sayed Khamenei était centrée sur la nécessité d’établir un projet de civilisation global, qu’il a baptisé le projet de la « Nouvelle Civilisation Islamique ».

À travers ses discours et ses déclarations, il a cherché à formuler un modèle mondial permettant au monde islamique de reconquérir son identité culturelle et d’investir ses ressources humaines et économiques pour s’affranchir de l’hégémonie occidentale, offrant ainsi un modèle indépendant de développement et de gouvernance. Cette ambition s’est matérialisée dans des programmes stratégiques aux dimensions exécutives, tels que « l’économie de résistance », la « renaissance logicielle » et le « djihad de la clarification ».

À travers cela, l’Iran a ambitionné d’être le noyau central de cette civilisation, que ce soit par la réalisation de l’autosuffisance scientifique, de l’indépendance économique ou de la dissuasion militaire.

Alors que les cérémonies funéraires se poursuivent à Téhéran, les analystes s’interrogent sur le destin de la trajectoire tracée par l’Ayatollah Khamenei. La réponse réside probablement dans la nature même du système iranien qui a réussi, grâce au processus mené par le défunt, à passer d’un régime individuel à un régime d’institutions.

Dès lors, l’absence du dirigeant ne signifiera pas l’effondrement de cette trajectoire, qui se poursuivra sous la gestion d’un système devenu le régulateur de la décision.

Ainsi, l’héritage de l’Ayatollah Khamenei ne sera pas enterré avec son corps ; il demeurera une école politique vivante, dont l’indépendance et la dignité nationale constituent les deux piliers les plus fondamentaux et non négociables.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar