mardi, 21/07/2026   
   Beyrouth 14:07

Mandat d’amener contre un journaliste pour avoir attaqué ben Salmane ! État policier : interdiction de critiquer les Al Saoud

Hassan Ollaik, journaliste libanais

Il semble que les démarches vers un État autoritaire soient entrées dans une phase d’exécution accélérée. En plus des efforts visant à adopter une nouvelle loi sur l’information qui restreint la marge des libertés, les pouvoirs soumis à la tutelle ont désormais dépassé les limites purement formelles dans leurs relations avec leurs alliés au Liban.

Ils en sont venus, selon ce qui circule dans les milieux politiques et judiciaires, à donner directement leurs ordres aux appareils judiciaires et sécuritaires.

Lundi, le procureur général près la Cour de cassation, le juge Ahmed Rami El Haj, a demandé à la branche des renseignements des Forces de sécurité intérieure d’arrêter le journaliste Hassan Ollaik, en raison de publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles il critiquait le régime saoudien pour le siège continu du Yémen.

Selon les informations d’Al-Akhbar, le juge El Hage a confirmé qu’il avait agi d’office, indiquant que le président de la République, Joseph Aoun, lui avait précédemment demandé d’agir immédiatement contre quiconque s’en prendrait à l’Arabie saoudite, et de considérer cela comme un délit ne relevant pas des dispositions de la loi sur la presse.

Partant de cette interprétation, El Hage a estimé que les publications sur les réseaux sociaux ne relèvent pas des délits de presse, mais sont soumises à des poursuites pénales ordinaires.

Par conséquent, le refus d’Ollaik de comparaître devant la branche des renseignements entraînera l’émission de mandats d’arrêt à son encontre, lesquels seront diffusés auprès des différents services de sécurité pour exécution.

Al-Akhbar a appris que l’envoyé saoudien Yazid bin Farhan et l’ambassadeur saoudien au Liban, Fahd Al-Dossari, ont contacté directement des ministres et des juges afin d’agir à la suite de ce qu’Ollaik a publié.

On apprend également que le président de la République souhaite exécuter cet ordre avant son retour de Washington, afin de se dédouaner de toute responsabilité.

Selon le récit d’Ollaik sur ce qui lui est arrivé, la branche des renseignements du Mont-Liban au sein des Forces de sécurité intérieure l’a contacté pour le convoquer à la « section des enquêtes de la division des renseignements, sur instruction du procureur général près la Cour de cassation ».

Lorsqu’Ollaik a demandé la raison, son interlocuteur a répondu : « Nous ne savons pas. Nous sommes exclusivement chargés de la notification. »

Ollaik a alors refusé de se présenter, au motif que les journalistes ne comparaissent que devant le tribunal de la presse.

Par la suite, Ollaik a effectué des démarches pour connaître le motif de la convocation, pour découvrir qu’elle était due à deux commentaires rédigés sur le réseau « X » dans lesquels il attaquait le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, « en raison de son siège criminel des gouvernorats du nord du Yémen ».

La personne qui l’a contacté lui a rapporté qu’il s’agissait « des instructions de Joseph Aoun, ordonnant de poursuivre quiconque s’en prend à ben Salmane et à son régime ».

Quelques heures plus tard, l’agent de sécurité l’a recontacté pour lui notifier, au nom du procureur général près la Cour de cassation, que sa publication « n’entre pas dans les compétences du tribunal de la presse ».

Il lui a répondu : « C’est une interprétation arriérée de la loi que nous ne reconnaissons pas ; nous maintenons notre droit de comparaître exclusivement devant le tribunal de la presse. »

Selon les informations, le parquet général près la Cour de cassation s’est appuyée, pour demander l’interrogatoire d’Ollaik devant la division des renseignements, sur une jurisprudence qui établit une distinction entre ce qu’un journaliste publie dans un journal ou un média, et ce qu’il écrit sur les plateformes de réseaux sociaux.

Selon cette interprétation, le journaliste ne bénéficie des garanties accordées par la loi aux journalistes dans les affaires de presse que dans le premier cas.

Quant à ses publications numériques, elles n’entrent pas dans le cadre du travail journalistique dont les affaires relèvent du tribunal de la presse. C’est une interprétation qui jette une ombre inquiétante sur les journalistes, d’autant plus que les plateformes numériques sont devenues une partie essentielle de leur travail.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar